Pour ce second billet consacré aux « anime perdus », je vais cette fois-ci parler d’un titre nettement moins obscur que Mime. Un titre que je ne pouvais pas ne pas présenter ici, car il s’agit de l’un des projets avortés les plus connus : le fameux Lupin VIII.

Cette co-production franco-japonaise ambitieuse du tout début des années 80, que l’on doit aux studios DIC et TMS, devait se dérouler dans l’espace et raconter les aventures des descendants des personnages de la série originale. L’action se situait en 2100 dans un Paris futuriste où Lupin VIII, descendant de Lupin III, est un détective privé (et non plus un voleur) qui vit sur un astéroïde qui se déplace grâce à un ballon dirigeable. On devait y suivre ses enquêtes et ses mésaventures avec Rhapsody (Jigen) et Katana (Goemon), mais aussi la baronne Marie-Lucile de Tendre Emoi (Fujiko), femme d’affaire le jour et voleuse la nuit.

Lupin VIII - magazine japonaisLupin VIII était un projet intéressant initialement né de l’initiative du président de TMS, Yutaka Fujioka. Dotée d’un staff de rêve (Shingo Araki, Rintarō…) réunissant une bonne partie de l’équipe qui avait travaillé sur Ulysse 31 ainsi que d’un très beau budget (plus de 8 000 dessins par épisode, contre 3 à 4 000 dessins pour Lupin III), la série aurait même du être diffusée sur TF1 en début de soirée. Que s’est-il donc passé pour que le projet soit ainsi mis au placard ?

Il y a tout simplement eu une histoire de problèmes de droits, et les premiers épisodes seront mis en chantier avant qu’un léger souci juridique avec les ayants droit de Maurice Leblanc, créateur du personnage d’Arsène Lupin, ne stoppe complètement le projet. Apparemment, que ce soit le mangaka Monkey Punch ou encore le studio Tôkyô Movie Shinsha, personne n’avait pensé à demander la permission aux héritiers de Maurice Leblanc d’utiliser le nom de « Lupin », qui n’était pas libre de droit, et encore moins de les payer : TF1 essayera, en vain, de contourner le problème en diffusant la série sous le nom Arsène et Compagnie. Comme le montant exigé pour exploiter le nom était bien trop élevé, le projet fut brutalement abandonné, d’abord par DIC puis ensuite par TMS : au final, six épisodes seulement seront finis et montés.

Le problème de Lupin VIII est donc essentiellement juridique, et depuis ce fiasco ayant eu pour conséquence l’interdiction de l’utilisation du nom « Lupin » en dehors du territoire japonais, le personnage est désormais connu en France sous plusieurs noms : Edgar, Vidocq, Wolf, voire même Lupan ou encore Rupan, suivant les sorties des différents anime et films. Finalement, le film d’animation Lupin III : Le Secret de Mamo, sorti sous ce nom dans les salles obscures françaises en février 1982, est la seule oeuvre où le héros porte son nom original (du moins dans le tout premier doublage de l’époque).

Lupin - erratum dans OkazEt on ne rigole pas avec les ayants droit : en février 1997, le magazine YOKO avait publié un numéro avec Lupin III en couverture (en utilisant donc le nom japonais), qui comportait une interview de Monkey Punch par Pierre Giner mais aussi un chapitre du manga traduit en français. Utiliser le nom original n’a visiblement pas trop plu aux ayant droits de Maurice Leblanc, d’où l’apparition d’un erratum dans le numéro suivant transformant ainsi Lupin en Rupan. Même le nom « Lupin III » écrit en gros sur la couverture du numéro problématique a été coupé sur la page vendant les anciens numéros du magazine. Lupin est donc un titre qui aura causé bien des soucis, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui car l’oeuvre de Maurice Leblanc est désormais devenue libre de droits en rejoignant le domaine public en janvier 2012.

Pour en revenir à Lupin VIII, de ce gâchis il ne reste que le pilote, le seul épisode qui a pu être finalisé mais auquel il manque juste le doublage (il existe cependant une version française officielle faite à l’époque, avec un générique interprété par Noam). Il peut se trouver à ce jour assez facilement un peu partout sur le net, d’autant plus qu’il est disponible en version restaurée et avec des sous-titres dans le Lupin III Master File, sorti au Japon en DVD et Blu-Ray en mars 2012. A noter qu’un manga de Lupin VIII en un seul volume et comportant six chapitres a également été publié en 1982, au Japon uniquement.

Pour conclure, il est devenu avec le temps bien plus facile de trouver des informations et des illustrations sur ce Lupin VIII. Nous avons même eu droit en France à la sortie d’un livre fin 2012, « Les séries de notre enfance« , qui y consacre pas moins de 10 pages et est probablement le seul aussi exhaustif sur le sujet, avec quelques anecdotes et informations inédites. C’est personnellement un projet que j’aurais bien aimé voir aboutir, aux côtés du film de Lupin qui aurait du être réalisé par Mamoru Oshii ; et qui sait, peut-être que si cette série avortée avait été diffusée à l’époque en France, Lupin aurait eu un impact aussi important dans notre pays qu’en Italie.

Les séries de notre enfance
Les séries de notre enfance
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Dexter Reficul Thénardier Universe
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Entre nous vu le désastre qu’est devenue l’industrie de l’animation japonaise je ne serai pas contre une résurrection de tous ces projets abandonnés en cours de route d’autant plus que comme tu l’a dit les droits d’auteur envers le personnage de Lupin ne pose plus aucun problème. Quel gâchis !