Mise à jour : août 2020

Pour ce second billet consacré aux « animes perdus », je vais cette fois-ci parler d’un titre que je ne pouvais pas ne pas présenter ici, car il s’agit de l’un des projets annulés les plus connus : le fameux Lupin VIII.

Cette co-production franco-japonaise ambitieuse du tout début des années 80, que l’on doit aux studios DIC et TMS, devait se dérouler dans l’espace et raconter les aventures des descendants des personnages de la série originale. L’action se situe en 2100 dans un Paris futuriste où Lupin VIII, descendant de Lupin III, est un détective privé (et non plus un voleur) qui vit sur un astéroïde qui se déplace grâce à un ballon dirigeable. On devait y suivre ses enquêtes et ses mésaventures en compagnie de Rhapsody (Jigen) et Katana (Goemon), mais aussi la baronne Marie-Lucile de Tendre Emoi (Fujiko), femme d’affaire le jour et voleuse la nuit.

Lupin VIII - magazine

Lupin VIII était un projet intéressant initialement né de l’initiative du président de TMS, Yutaka Fujioka. Dotée d’un staff de rêve (Shingo Araki, Rintarō…) réunissant une bonne partie de l’équipe qui avait travaillé sur Ulysse 31 ainsi que d’un très beau budget (plus de 8 000 dessins par épisode, contre 3 à 4 000 dessins pour Lupin III), la série aurait même dû être diffusée sur TF1 en début de soirée. Que s’est-il donc passé pour que le projet soit ainsi mis au placard ?

Il y a tout simplement eu une histoire de problèmes de droits : les premiers épisodes sont mis en chantier avant qu’un léger souci juridique avec les ayants droit de Maurice Leblanc, créateur du personnage d’Arsène Lupin, ne stoppe complètement le projet. Apparemment, que ce soit le mangaka Monkey Punch ou encore le studio Tôkyô Movie Shinsha, personne n’avait pensé à demander la permission aux héritiers de Maurice Leblanc d’utiliser le nom de « Lupin », qui n’était pas libre de droit, et encore moins de les payer : TF1 essayera, en vain, de contourner le problème en diffusant la série sous le nom Arsène et Compagnie. Comme le montant exigé pour exploiter le nom était bien trop élevé, le projet fut brutalement abandonné, d’abord par DIC puis ensuite par TMS : au final, six épisodes seulement seront finis et montés.

Le problème de Lupin VIII est donc essentiellement d’ordre juridique. Depuis ce fiasco ayant eu pour conséquence l’interdiction de l’utilisation de « Lupin » en dehors du territoire japonais, le personnage est désormais connu en France sous d’autres noms : Edgar, Vidocq, Wolf, voire même Lupan ou encore Rupan III, suivant les sorties des différents animes et films. Finalement, le film d’animation Lupin III : Le Secret de Mamo, sorti sous ce nom dans les salles obscures françaises en février 1982, est la seule œuvre de l’époque où le héros porte son nom original (du moins dans le tout premier doublage).

Lupin VIII - YOKO erratum

Et on ne rigole pas avec les ayants droit : en février 1997, le magazine YOKO avait publié un numéro avec Lupin III en couverture (en utilisant donc le nom japonais), qui comportait une interview de Monkey Punch par Pierre Giner ainsi qu’un chapitre du manga traduit en français. Utiliser le nom original n’a visiblement pas trop plu aux héritiers de Maurice Leblanc, d’où l’apparition d’un erratum dans le numéro suivant transformant ainsi Lupin en Rupan ; même le nom « Lupin 3 » écrit en gros sur la couverture du numéro problématique a été masqué sur la page vendant les anciens numéros du magazine. Lupin est donc un titre qui aura causé bien des soucis, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui car l’œuvre de Maurice Leblanc est désormais devenue libre de droits en rejoignant en janvier 2012 le domaine public.

Pour en revenir à Lupin VIII, de ce projet il ne reste qu’un pilote, auquel il manque le doublage ; il existe par ailleurs une version française officielle, avec un générique interprété par Noam. Ce pilote peut se trouver à ce jour assez facilement un peu partout sur le net, d’autant plus qu’il est disponible en version restaurée et avec des sous-titres dans le Lupin III Master File, sorti au Japon en DVD et Blu-Ray en mars 2012.

À noter qu’un manga de Lupin VIII en un seul volume et comportant six chapitres a également été publié en 1982, au Japon uniquement.

Pour conclure, il est devenu avec le temps bien plus facile de trouver des informations et des illustrations sur ce Lupin VIII. Nous avons même eu droit en France à la sortie d’un livre fin 2012, Les séries de notre enfance, qui y consacre pas moins de 10 pages et est probablement le seul aussi exhaustif sur le sujet, avec quelques anecdotes et informations inédites. 

C’est personnellement un projet que j’aurais bien aimé voir aboutir, aux côtés du film de Lupin qui aurait dû être réalisé par Mamoru Oshii ; et peut-être que si cette série avait été diffusée à l’époque en France, Lupin aurait eu un impact aussi important dans notre pays qu’en Italie.

Mais qui sait, peut-être que ce projet refera un jour surface ?

SOURCES ET RÉFÉRENCES :

  • Magazines : OUT (08/1982), The Anime (08/1983) ;
  • Livre : Les séries de notre enfance (éditions Pollux, 2012).

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1 commentaire

  1. Avatar

    Entre nous je ne serai pas contre une résurrection de tous ces projets abandonnés en cours de route, d’autant plus que comme tu l’a dit les droits d’auteur envers le personnage de Lupin ne pose plus aucun problème. Quel gâchis !

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