Le mois d’août, le chant des cigales, les vacances, le soleil… Le thème des vacances d’été est souvent présent dans le domaine du cinéma ou encore de la littérature, mais qu’en est-il des jeux vidéo? Il y a quelques années, en juin 2000 plus précisément, un jeu du studio Millenium Kitchen assez atypique, tant par son concept que par son style artistique, est sorti sur PlayStation : Boku no Natsuyasumi. Et s’il y a bien une série de jeux vidéo qui est connue pour avoir comme thème principal les vacances d’été, c’est celle-là.

Parfois appelée My Summer Holiday ou encore My Summer Vacation par les fans anglophones, Boku no Natsuyasumi est une série qui compte actuellement quatre volets. Elle propose au joueur d’incarner un enfant japonais d’une dizaine d’années dans les années 70 (les années 80 pour le quatrième jeu) qui passe son mois d’août chez son oncle et sa tante : qu’il s’agisse de vacances à la campagne, à la ferme ou encore à la mer, chaque volet repose toujours sur ce même principe.

Cette série, créée par Kaz Ayabe, n’est jamais sortie du Japon et reste donc malheureusement inédite chez nous, d’autant plus qu’elle n’a jamais connu de traduction de la part de fans. De mon côté, c’est seulement en 2016 que j’ai enfin décidé de me lancer pour de bon dedans. Et j’ai tellement adoré que cela m’a donné envie de rédiger ce long dossier !

Boku no Natsuyasumi - My Summer Holiday

Les deux premiers épisodes de Boku no Natsuyasumi, sortis à l’origine sur PSone et PS2, ont également eu droit à des portages sur la première portable de Sony avec quelques petits ajouts et autres ajustements qui améliorent grandement l’expérience. À noter que les versions PSP de Boku no Natsuyasumi 2 et 4 sont les seules à être disponibles sur le PlayStation Store japonais et qu’il est possible d’y jouer sur PS Vita.

Pour le moment, nous avons donc :

  • Boku no Natsuyasumi (PSone : juin 2000 – Portage sur PSP : juin 2006)
  • Boku no Natsuyasumi 2 (PS2 : juillet 2002 – Portage sur PSP : juin 2010)
  • Boku no Natsuyasumi 3 (PS3 : juillet 2007)
  • Boku no Natsuyasumi 4 (PSP : juillet 2009)

Et depuis, plus rien : toujours pas de Boku no Natsuyasumi 5 en vue, et encore moins de version hivernale avec un éventuel Boku no Fuyuyasumi

Boku no Natsuyasumi 2 et 4 (PSP), mes épisodes préférés :)

 

Les origines de la série

Le tout premier Boku no Natsuyasumi est donc sorti le 22 juin 2000 sur PlayStation, avant de connaître un portage sur PSP six ans plus tard, renommé pour l’occasion Boku no Natsuyasumi Portable – Mushimushi Hakase to Teppen-yama no Himitsu !!. Il sera d’ailleurs question sur ce blog des portages, n’ayant pas joué aux version originales.

Tout d’abord, Boku no Natsuyasumi, c’est quoi exactement ? Si certains comparent cette franchise à Animal Crossing, elle propose toutefois quelque chose de bien différent, Boku no Natsuyasumi étant en gros une simulation de vacances à la japonaise sans réel but et limitée à 31 jours. En terme d’ambiance et d’atmosphère, Boku no Natsuyasumi se rapproche en fait bien plus d’un autre jeu de Millenium Kitchen relativement récent, et qui est arrivé chez nous : Attack of the Friday Monsters, sur Nintendo 3DS. Les Boku no Natsuyasumi proposent toutefois quelque chose de bien différent par rapport à ce dernier et, à mon avis, de beaucoup plus intéressant.

Si Boku no Natsuyasumi existe, c’est donc grâce à Kaz Ayabe. Ses jeux se basent en partie sur son enfance passée à Hokkaidō, dont il est originaire (ce qui sera d’ailleurs le thème du troisième volet), mais aussi sur ses rave-partys en pleine nature auxquelles il participait quand il était plus jeune, n’hésitant pas à partir camper au milieu des montagnes quasiment chaque semaine. Dès 1997 il avait déjà le concept du jeu en tête : il fallait maintenant trouver une société qui accepte son projet. La première à laquelle il a pensé fut donc Sony.

Le charme des Boku no Natsuyasumi vient en partie de ses personnages, d’un style bien différent de ce que l’on peut voir habituellement dans un jeu vidéo. On doit ce style assez particulier à Mineko Ueda, célèbre illustratrice professionnelle notamment connue pour son travail sur les savons liquides Kirei Kirei de la marque Lion. Je pense d’ailleurs que quiconque a mis les pieds dans un supermarché au Japon a vu ses illustrations au moins une fois, à défaut d’être tombé sur les spots publicitaires diffusés à la télévision. Ces derniers donnent d’ailleurs une petite idée de ce que pourrait donner une éventuelle version HD de la série…

Boku no Natsuyasumi 3
Boku no Natsuyasumi 3 (PS3)

À l’époque, Kaz Ayabe voulait vraiment Mineko Ueda sur son projet. Le problème ? Millenium Kitchen étant une petite société relativement inconnue, embaucher la célèbre illustratrice promettait d’être bien difficile. Il a alors tenté un coup de poker : il est allé voir Sony pour présenter son projet et a raconté que Mineko Ueda voulait vraiment travailler dessus. Puis il a contacté l’agence de Mineko Ueda et a expliqué que Sony voulait vraiment travailler avec elle sur un nouveau jeu… Heureusement pour lui, son projet a été accepté des deux côtés !

Kaz Ayabe apprendra également bien des années plus tard qu’il a été la troisième personne à proposer chez Sony un jeu au concept se basant sur les vacances d’été. L’une des deux autres personnes à avoir proposé une idée similaire n’est autre que Shōji Masuda, le créateur de Ore no Shikabane wo Koete Yuke (Oreshika).

Boku no Natsuyasumi devait originellement sortir en août 1999, mais suite au retard qui s’accumulait (il avait été demandé à l’équipe d’ajouter un mini-jeu de pêche), la date de sortie a été changée pour l’automne de la même année. Finalement, la sortie a été repoussée jusqu’à l’été 2000, Sony ayant estimé que sortir un jeu estival en plein automne n’était pas très judicieux.

Ces mois supplémentaires ont donc permis à Kaz Ayabe et son équipe de le peaufiner davantage, et c’est le 22 juin 2000 que le tout premier Boku no Natsuyasumi débarque enfin sur PlayStation.

 

Boku no Natsuyasumi PSP

Vacances à la campagne : Boku no Natsuyasumi Portable (PSP)

Les Boku no Natsuyasumi sont donc en quelque sorte des simulations de vacances d’été japonaises où le joueur se retrouve à chaque fois dans la peau d’un petit garçon, toujours appelé Boku.

Dans ce premier volet, Boku est un garçon de la ville de 9 ans qui débarque à la campagne chez son oncle et sa tante, la famille Sorano, afin d’y passer tout le mois d’août. La maman de Boku devant accoucher ce même mois, ses parents ont décidé de le laisser là-bas pendant les vacances d’été, dans le but de lui faire découvrir à la fois la campagne et les membres de sa famille qu’il ne connait pas encore. Boku étant pour le moment enfant unique, sa rencontre avec ses deux cousines Moe et Shirabe va lui permettre également de lui faire prendre conscience de ses responsabilités en tant que futur grand frère.

Ce Boku no Natsuyasumi (et les deux suivants) se déroule durant l’été 1975, et le jeu joue beaucoup sur le côté nostalgique : le public visé est clairement un public âgé qui a connu cette période, et les actions de Boku sont quelques fois narrées par un Boku devenu adulte, qui se remémore cet été particulier. Même les chansons utilisées dans la série sont des reprises des chansons de l’époque : le thème musical de ce premier jeu n’est autre que Kono hiroi nohara ippai, chanté originellement par Ryōko Moriyama en 1967. Quant à la région où se déroule le jeu, elle est basée sur celle de Tsukiyono, dans la préfecture de Yamanashi.

Durant les 31 jours de ce mois d’août, le joueur pourra faire absolument tout ce qu’il veut. Aucune indication, pas de système de quêtes ni quoi que ce soit : le jeu a une approche très minimaliste, sans aucune interface, avec seulement des bords noirs de chaque côté de l’écran rappelant ceux d’un vieux film. Il n’y a pas vraiment de scénario non plus, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne se passe rien, sachant que le jeu possède plusieurs fins différentes qui dépendent de la manière dont on décide de passer l’été.

Chaque journée commence de la même manière : Boku se lève pour exercer sa gym matinale, puis il enchaîne avec un petit déjeuner vers 8 heures du matin avec toute la famille (ce qui fait figure de rituel dans toute la franchise). La journée se termine vers 18 heures avec le repas du soir, qui est suivi de quelques moments de liberté pour Boku avant que ce dernier n’aille se coucher (spontanément ou non, si le joueur traîne trop tardivement). Se coucher est également le seul moyen de sauvegarder sa partie, avec au passage Boku qui dessinera le moment-clé de sa journée dans son journal intime.

Que se passe-t-il donc entre le petit déjeuner et le dîner ? Et bien le joueur est libre de faire ce qu’il veut, sachant que le temps est tout de même limité. En fait, passer d’un écran à l’autre consomme environ 20 minutes dans le jeu : cela peut sembler contraignant, mais le temps libre attribué pour chaque journée est largement suffisant. Le reste dépend du joueur, qui pourra attraper des insectes avec son filet à papillon, pêcher des poissons, faire voler un cerf-volant le plus haut possible, participer à des combats de scarabées avec d’autres enfants…

La maison de la famille Sorano étant perdue au milieu des montagnes, le joueur pourra s’aventurer autour de celle-ci ou bien s’éloigner en se dirigeant vers les lacs ou encore le sommet de la colline voisine, sachant qu’il faudra débloquer certains chemins pour découvrir de nouveaux endroits. Par exemple, une ruche bloque un passage : après plusieurs jours à taper dessus avec son filet à papillon, la ruche tombera et Boku trouvera enfin le courage de s’aventurer plus loin. Il en est de même pour un arbre qu’il faudra couper pour faire un pont, après avoir « emprunté » en cachette la hache de son oncle dans le garage… Tant que le joueur ne fait pas d’efforts, l’environnement qu’il peut explorer reste limité.

Chaque partie de Boku no Natsuyasumi peut se dérouler différemment : si certains événements sont fixes, d’autres sont aléatoires ou bien dépendent des actions de Boku. Par exemple, au tout début du jeu la tante de Boku demande si ce dernier aime les fleurs : si on répond « non », le joueur est alors complètement coupé d’une sorte de mini-jeu qui demande d’arroser les fleurs tous les jours.

En fait, Boku no Natsuyasumi est un jeu où le joueur fixe lui-même ses propres objectifs. On a accepté d’arroser les fleurs du jardin, mais ça ressemble plus à une corvée qu’autre chose ? Ce n’est pas une obligation de le faire. Il est possible de capturer des insectes avec son filet à papillon ? Inutile de se forcer à tous les attraper, à moins d’être collectionneur dans l’âme. Il n’y aura jamais la moindre répercussion négative, le « but » du jeu étant de vivre son été comme on le souhaite : tout a été fait pour ne pas stresser le joueur.

Il faut tout de même fournir un minimum d’effort pour découvrir le moindre événement, ce qui demande souvent de faire attention aux dialogues des personnages : il n’y a pas de note et encore moins de menu indiquant ce qu’il faut faire. Par exemple, l’oncle et la tante de Boku disent un jour à ce dernier qu’il y a des lucioles dans la forêt le soir, mais Boku ne peut pas pas y aller : s’il s’éloigne de la maison la nuit tombée, son oncle l’arrête automatiquement pour lui dire de ne pas s’aventurer trop loin car c’est dangereux.

Quelques jours plus tard, l’oncle de Boku mentionne qu’il sera absent un certain soir. Le joueur, s’il se souvient de la discussion sur les lucioles, pourra alors tenter d’aller les voir en cachette : il sera accueilli par un superbe paysage avec une jolie musique, ce qui tranche avec le reste du jeu, ce dernier étant majoritairement silencieux. C’est cet aspect de Boku no Natsuyasumi où rien n’est explicite et où le joueur n’est jamais tenu par la main que j’apprécie beaucoup.

Au fil des jours, on finit par s’attacher à la famille Sorano et par comprendre certaines choses, pas forcément claires pour le petit Boku. Le joueur peut par exemple apprendre que la tante de Boku voulait être photographe professionnelle à Tokyo, mais suite à son mariage arrangé elle a dû renoncer à son rêve pour élever ses enfants, ce que toutefois elle ne regrette pas.

Moe, la fille aînée, va de son côté éprouver au cours du jeu une déception sentimentale qui la conduira à s’enfermer dans sa chambre et à avoir des pensées morbides, refusant d’entrer au lycée l’année suivante : grâce à une mystérieuse lettre écrite en anglais et trouvée dans une grotte par Boku, elle va reprendre goût en l’avenir après l’avoir traduite et lue. N’oublions pas non plus Shirabe, la petite cousine de Boku qui au départ ne l’aimait pas mais finit par s’attacher à ce dernier, et ira chercher pour lui des tournesols loin de la maison lors de l’avant-dernier jour du jeu, donnant droit à une magnifique scène si le joueur la retrouve à temps.

Il y a en fait dans ce jeu un côté terriblement réaliste, mais aussi mélancolique. Et parfois un peu « sombre », surtout lorsque le joueur réalise à qui appartenait la chambre qu’occupe actuellement Boku… Mais ce dernier voit tout de ses yeux d’enfant, quitte à déformer la réalité : un satellite artificiel dans le ciel devient un OVNI, un puits dans lequel il plonge son regard devient un trou sans fond, un gros poisson devient une sorte de monstre effrayant…

Je n’ai pas parlé de l’aspect technique du jeu, mais il est important de noter que les contrôles de Boku no Natsuyasumi sont assez particuliers et rappellent plutôt ceux de certains survival horrors : il faut utiliser le bouton X pour avancer et marcher, la croix directionnelle servant à déterminer la position vers laquelle on souhaite se diriger ; la touche du bas permet quant à elle de tourner le personnage de 180 degrés. C’est un peu difficile à expliquer, mais c’est en fait exactement comme dans Attack of the Friday Monsters, qui offre la possibilité d’utiliser des contrôles similaires (en plus des contrôles traditionnels avec le stick analogique).

À noter que les dialogues sont quasiment tous doublés, avec des voix qui collent relativement bien (dont de grosses pointures dans le milieu des seiyuu comme Maaya Sakamoto, Minami Takayama ou encore Ikue Ōtani), et que les musiques sont quasiment absentes, si on ignore le chant des cigales.

Ce premier Boku no Natsuyasumi est également le plus personnel et intimiste, voire sentimental, et c’est quelque chose que je n’ai pas vraiment retrouvé dans les jeux suivants. Il y a également un petit côté déprimant lorsque Boku quitte la campagne pour rentrer chez lui, le tout se concluant par l’une des cinq fins possibles du jeu : dans ma partie, Boku, devenu adulte, travaille en ville enfermé dans un bureau, le chant des cigales ayant été remplacé par le vrombissement des disques durs. Il est bien loin de la nature et de ces fameuses vacances d’été à la campagne, qu’il évoque alors avec nostalgie.

Le jeu en lui-même n’est pas très long, une partie pouvant se terminer en une douzaine d’heures, ce qui est d’ailleurs plus ou moins le cas pour les autres volets. Quant à choisir entre la version originale et le portage sur PSP, autant privilégier ce dernier : il contient des personnages et événements supplémentaires, plus d’insectes (on passe de 64 à 128) et il corrige également un bug assez amusant mais effrayant propre à la version PSone : dans cette dernière, le jeu pouvait continuer après le 31 août en accédant au 32 août, 33 août, etc. avec des textures corrompues dignes d’un creepypasta.

Petite anecdote, pour terminer : le nuage de la jaquette de Boku no Natsuyasumi sur PlayStation a été réutilisé pour la jaquette japonaise de Minna no Golf 3 !

Boku no Natsuyasumi - vacances

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Invité

Il existe pas un épisode avec un patch en anglais ? :(

Leticia
Invité

Mais ça donne envie ! C’est exactement le genre de trucs qui me plaît, et les parties sont courtes, pour moi c’est parfait… Bon prétexte pour prolonger les vacances…

Tama
Invité
Tama

Merci beaucoup pour cette présentation d’un jeu que je ne connaissais absolument pas (mais que j’ai du croiser quelque part car il me semblait vaguement familier…) et qui fleur bon les vacances (qui sont déjà finies :( ).
C’est typiquement le genre de jeu auquel j’adorerais jouer mais bon pour le coup je peux m’assoir dessus. En tout les cas, j’aime beaucoup l’atmosphère qui s’en dégage pour ce que j’en vois :)

Igloo
Invité
Igloo

C’était vraiment intéressant.
Et j’aime beaucoup ces effets de caméra différents quand tu défiles entre les différents écrans. La vidéo en lien le montre bien.

Et puis, c’est un jeu typiquement qui a l’air d’avoir cette ambiance « japonaise » et « zen », sans cette dominance de WTF qui fait la réputation des jeux qui restent exclusivement là-bas. Ce qui n’est pas plus mal(le JAPON du JDG m’horripile pas mal, par exemple)

Merci pour cette découverte!

@Tama Techniquement, tu pourrais toujours y jouer, c’est juste que tu comprendras pas grand chose :(