Sorti au Japon en novembre 2015 sur Vita, Net High est l’une des dernières petites nouveautés de Marvelous. Derrière ce titre curieux au design rappelant vaguement un certain Gurren Lagann se cache en fait un jeu bourré d’humour s’inspirant très largement de la série des Ace Attorney mais aussi de Danganronpa, à mi-chemin entre le visual novel et le jeu d’aventure.

Le rapport avec Twitter ? Et bien dans le monde de Net High, la valeur d’un être humain se mesure par rapport à sa popularité sur les réseaux sociaux, notamment le nombre de followers que possède une personne sur Twitter (appelé ici « Tweeetter »), suite à la loi « Neo Communication » passée par le gouvernement japonais. Cette loi est en fait une mesure pour lutter contre la baisse de natalité et l’augmentation du nombre de NEET et autres hikikomori, le gouvernement ayant même fourni gratuitement à chaque individu un smartphone doté de cette application Tweeetter qu’il faut obligatoirement utiliser : plus le nombre de followers est élevé, plus le rang de la personne en question l’est aussi. Ce système est devenu malheureusement la cause de nombreuses disparités sociales, avec d’un côté les riajuu (リア充), un terme intraduisible qui fait référence aux personnes menant ce qui est considéré comme étant une « vie normale » (une vie sociale bien remplie, un ou une petite amie, etc.), et de l’autre côté les personnes déjà mises à l’écart comme les otakus et les NEET, dont le personnage principal fait partie.

Le rang le plus élevé est occupé par KING, qui ne possède pas moins de… 5,3 milliards de followers. Oui, carrément. :’D En revanche, une personne avec zéro followers se retrouve reléguée au rang Z, voit son compte Twitter devenir un « compte zombie » et est considérée comme un rebut, sans aucun avenir dans la société.

Le problème de ce système ? Pour gagner un maximum de followers et se faire bien voir, beaucoup s’inventent une vie et une personnalité différente qui ne reflètent en rien la réalité.

Notre héros, surnommé tout simplement « Oreshi » (俺氏), est un freeter de rang G assez otaku sur les bords qui se retrouve malgré lui mêlé à des combats de popularité retransmis en direct dans le pays entier sur le site de streaming Niyo Niyo Douga. Ces affrontements, appelés ENJ Battle (le ENJ vient de Enjoy), sont menés et annoncés par une mystérieuse jeune femme nommée MC (abréviation de « Master of Ceremony »). Ces combats de popularité permettent aux individus les moins populaires de « débattre » avec quelqu’un d’un rang plus élevé et de littéralement voler ses followers.

Ce qui motivera au départ Oreshi est sa rencontre avec une jeune fille nommée « Anoko ». Cette dernière sera malheureusement victime de ces combats de popularité au tout début du jeu : son compte Twitter finira pollué par des trolls qui iront même jusqu’à y écrire des menaces de mort, ce qui aura pour conséquence la perte de tous les followers de la jeune fille, causant littéralement sa « disparition ».

Ce sont ces événements qui pousseront Oreshi à participer à ces combats et à s’opposer au système en mettant à jour la véritable personnalité des fakes, notamment les célébrités de Twitter aux millions voire milliards de followers, et qui sont loin d’être de véritables riajuu comme ils prétendent l’être.

Le problème est que malgré ses bonnes intentions, Oreshi n’a pas vraiment ce que l’on pourrait appeler une personnalité très marquée, et qu’il est de plus assez timide. C’est grâce à un mystérieux colis envoyé par hasard par la société NEXUS qu’il pourra se battre, le colis en question renfermant une paire de lunettes orange spéciale que ne renierait pas Kamina.

Appelée MEGA-NEXUS, cette paire de lunettes est également dotée d’une intelligence artificielle très enjouée et dynamique, Shiru, que notre héros surnommera Navi-ko. C’est grâce à elle mais aussi à la fonction P.A.S. (« Positive Active System ») de ces étranges lunettes que Oreshi trouvera le courage de se battre, cette fonction permettant aux gens introvertis de prendre de l’assurance.

C’est là-dessus que Net High débute réellement, mais malgré le côté plutôt sérieux de l’intrigue de base le jeu reste tout de même assez caricatural et surtout rempli d’humour. Découpé en 8 chapitres, il suit la même formule pendant ses 7 premiers chapitres avec à chaque fois une partie enquête et une partie action, le dernier chapitre étant un peu à part.

Chaque chapitre, Oreshi devra participer à un combat de popularité (les fameux ENJ Battles mentionnés plus haut), mais avant d’affronter son adversaire il devra enquêter sur ce dernier. Ce qui se fait de plusieurs manières : en lisant son compte Twitter, en cherchant des indices éparpillés dans la ville, via des rumeurs que l’on peut repérer grâce à ses lunettes… Troller sur Twitter en répandant ces fameuses rumeurs et en répondant aux followers de l’adversaire en question sera également nécessaire pour pouvoir avancer dans le jeu : cela déclenchera une flame war, qui fera perdre ou gagner des followers selon ce qu’on a écrit ; mais ceci permettra surtout d’avancer dans l’enquête et d’obtenir de nouveaux indices, comme par exemple une photo compromettante postée par un hater.

Dans le premier chapitre qui fait office de tutoriel, le héros sera ainsi confronté à son premier adversaire, Mr. Elite, un individu avec toujours un verre de vin à la main qui se veut chic et raffiné, mais qui a eu la mauvaise idée de poster sur son compte Twitter la photo d’un plat dans un restaurant français et de mentionner que c’était son repas. Le héros (et le joueur !) pourra donc par exemple se rendre compte grâce à ses recherches qu’il s’agit d’un photomontage et qu’il n’est jamais allé dans le restaurant en question : poster sur Twitter la photo originale qui a servi de base au montage déclenchera des réactions qui permettront de gagner des indices et des arguments pour la partie « action ».

Si la partie dédiée à la recherche d’indices est très similaire à la partie enquête d’un Ace Attorney, la partie « action », c’est-à-dire les ENJ Battles, est quant à elle également inspirée des procès de ce dernier, avec toutefois la présence de quelques éléments qui rappellent Danganronpa.

Pendant une première phase de débat qu’il faudra écouter en entier, l’adversaire parlera de lui, le plus souvent en vantant ses mérites et ses qualités : le but du joueur sera de littéralement détruire son argument en mettant à jour ses mensonges.

Chaque argument peut être un peu plus détaillé en appuyant sur le bouton L (c’est exactement le même principe que « presser » un témoin dans un Ace Attorney), et il sera même parfois possible d’insister pour pousser l’adversaire à affirmer quelque chose qui pourra par la suite être facilement utilisé contre lui. Il faudra également contredire le bon argument avec un objet (ou un sujet de discussion) en la possession du héros en appuyant sur le bouton Triangle : c’est l’équivalent des Objections des Ace Attorney, avec ici un système similaire à celui des « truth bullets » de Danganronpa.

En découvrant la vérité, la réelle apparence physique de l’adversaire et surtout sa réelle identité apparaissent au grand jour : tout au long du jeu, découvrir la vérité permettra de démasquer ces « riajuu » qui finalement n’en sont pas, que ce soit la princesse étrangère très populaire sur Youtube qui aurait appris le Japonais en regardant des anime, le créateur de chansons de Vocaloid qui cache bien des secrets ou encore le fan de Kancolle qui ne s’assume pas.

L’aspect qui rappelle le plus Danganronpa sont les mini-jeux, obligatoires pour avancer lors des phases d’action : il y a même un jeu du pendu, beaucoup plus limpide et moins complexe que celui qu’on a pu voir dans Danganronpa 2, où il faut là aussi reconstituer un mot avec les bons caractères (et c’est un excellent exercice pour réviser ses kanjis !).

D’autres mini-jeux demanderont d’utiliser l’écran tactile pour fouiller dans les pensées de l’adversaire afin de trouver un secret qu’il cache au plus profond de lui-même, ou encore de construire un argument à l’aide de plusieurs phrases aléatoires. Ce dernier est d’ailleurs mon préféré car une fois l’argument en question construit, le jeu enchaînera avec un combat à base de bouton « J’aime » similaire à celui de Facebook et sur lequel il faudra bourriner comme un malade, ce qui aura pour conséquence de voler des followers de l’adversaire.

Pour finir, il existe également des « cheats skills » à débloquer, qui peuvent comme leur nom l’indique permettre au héros de tricher. Ces cheats utilisent une jauge d’énergie qui se recharge grâce aux commentaires qui défilent en permanence sur l’écran du jeu durant les phases de combat, à la manière des commentaires sur le site Nico Nico Douga. Ils permettent notamment de figer le temps lors de certains mini-jeux, de bloquer le compteur du bouton « J’aime » durant la phase de combat ou encore de faire apparaître de faux commentaires qui défilent et dont le but est de troller l’adversaire.

Ces cheats s’obtiennent soit normalement au cours du jeu, soit via des phases de « drague » qui sont finalement peu présentes et pas si importantes que cela : après avoir vaincu un personnage féminin lors d’un combat de popularité, il est possible de discuter avec elle et de la « toucher », ce qui augmentera ou baissera son affinité. Il sera donc possible de débloquer ainsi de nouvelles options pour tricher, qui ne sont pas vraiment nécessaires pour avancer dans le jeu étant donné que ce dernier reste globalement assez facile. C’est par ailleurs un aspect tellement secondaire du jeu (et optionnel) que je ne m’attarderai pas là-dessus, d’autant plus que les possibilités sont assez restreintes.

Net High - Like

Pour finir, Net High a malheureusement fait des ventes catastrophiques au Japon (3 619 exemplaires vendus lors de sa première semaine), mais il semble être toutefois prévu en Occident étant donné que les trophées sont traduits en anglais. Et si c’est le cas je souhaite bien du courage à l’équipe qui localisera le jeu car certaines références risquent de passer à la trappe (vont-ils par exemple laisser les nombreux « wwwwww », l’équivalent du « lol » japonais, sachant que même une capacité spéciale pour tricher s’appelle littéralement « wwwww » ?). Des visual novels bourrés de références otaku comme Steins;Gate s’en sont toutefois bien sortis, même si son glossaire aidait beaucoup, mais je me demande tout de même comment certains jeux de mot et termes bien spécifiques vont être traduits.

 

EN BREF

Net High est au final un jeu original bourré d’humour et de références à la culture populaire, notamment 2ch et Nico Nico Douga, sous fond de critique de la société japonaise moderne et des réseaux sociaux. Chaque chapitre est de plus consacré à un thème particulier, et on y retrouve pêle-mêle une critique de l’industrie de l’animation japonaise, un débat sur la popularité des magical girls auprès du public masculin ou encore un passage sur les fujoshi (fans de yaoi) qui ont peur d’être elles-mêmes à cause de la société. Le style graphique très particulier rappelle quant à lui des séries comme Gurren Lagann ou encore Kill la Kill, mais ceci n’est certainement pas dû au hasard car le character designer du jeu, Koutarou Sugi, est visiblement fan de ces derniers au vu de ses nombreux fanarts postés sur son tumblr officiel.

Mon seul petit reproche est que le jeu perd de son humour à partir du chapitre 5, car c’est à ce moment-là qu’il devient un peu plus sérieux : il y a une nette rupture entre la première et la seconde partie, ce qui est assez dommage car personnellement j’aurais bien aimé que le côté complètement déjanté soit assumé jusqu’au bout. Net High reste tout de même une bien bonne surprise avec un thème pour une fois original, et personnellement je me suis vraiment amusée avec !

Net High (VITA)

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chadow_91
Invité

Juste pour l’opening j’achèterais le jeu. Sérieusement, un concept de jeu vraiment unique avec pleins de références. Depuis que le jeu a été annoncé il m’intéressait, même si je n’ai jamais joué encore à Danganronpa. Je ne pense pas être encore prêt(ou avoir l’argent, PDX va me coûter probablement dans les 100$Ca. avec la manutention) à jouer ce genre de jeu en import. Si les ventes n’ont pas été si bonnes au japon, mieux vaut pour eux de s’essayer en occident pour mieux le rentabiliser(…avec le coût de la traduction). Faisons confiance aux nobles trophés(¯o¯).

Puis merci Exelen pour la bannière de Noël en haut de Vocaloid(c’est vrai qu’en décembre ma ban.psnprofiles fait pas mal glauque, il va falloir que je le change) . Je ne connaissais point cet artiste(jandy) et aussi j’ai hâte de voir ton test de Miracle girls festival. Les personnages ont l’air bien animés et même si j’aime beaucoup Vocaloid, c’est vrai que des nouveaux personnages avec des voix peut-être moins robotiques(avec le même gameplay) ferait un peu différent. Pour terminer, qu’est-ce que tout le monde attendent vraiment dans dark souls 3? Le grand retour de Priscilla bien sûr!^^

Fisico
Invité

Merci pour ton opinion, ça confirme toutes les bonnes choses que le jeu laissait entrapercevoir et va dans le sens des quelques feedbacks déjà lu autrepart.

Pas d’inquiétude à se faire pour la localisation en tout cas à priori, pour les ventes on peut vaguement espérer que le bouche à oreille aide le jeu à éviter les « bomba bin » en vendant son premier stock (~10k copies), mais il est clair que ça coupe net toute possibilité de le voir évoluer en franchise ce qui est dommage :(

FFenril
Invité

J’espère que tu as bien raison pour la trad’, la description du tout donne envie :-)