Anime – Bilan de la décennie 2001-2010 : 1ère Partie

Parce que l'année 2011 arrive à grands pas et que la première décennie de ce 21ème siècle va bientôt s'achever, j'ai donc décidé de me livrer au jeu un peu casse-gueule du bilan de la japanim' entre 2001 et 2010.

Il s'agit plutôt de réflexions en tout genre et pas vraiment ordonnées pour cette première partie, plutôt qu'un réel listing de quoi que ce soit. Si ce n'est que j'ai quand même voulu faire ressortir trois tendances de cette décennie qui m'auront marquée : le grand nombre de nouvelles séries qui arrivent chaque année et le rôle d'internet dans tout cela, l'évolution des anime en eux-mêmes (tant au niveau de la diffusion que de leur création), et enfin le phénomène du "moe". Un bilan qui sera donc assez subjectif et qui a été un peu difficile à écrire, et pour lequel j'ai préféré opter pour une approche plutôt générale.

 

Une avalanche de nouveautés

Durant ces dix dernières années le nombre de nouveautés chaque année n'aura cessé de croître, jusqu'à atteindre son apogée en 2006 pour ensuite diminuer. En me servant de la base de données de Animenews Network pour compter le nombre de nouvelles séries ayant fait leur apparition chaque année, j'ai donc essayé de voir ce que tout cela donnait avec un petit schéma, qui n'est peut-être pas très précis mais donne un aperçu global du nombre de nouvelles séries qui aura débarqué chaque année à la télévision japonaise. En incluant également au passage l'année 2000, qui était exceptionnellement basse en terme de nouveautés (même 1999 en comptait bien plus).

GraphiqueOn se retrouve donc en moyenne avec une centaine de nouveautés par an, et sur cette centaine il faudra toujours faire le tri. Car le problème avec cette montagne de nouveautés n'est pas tant de trouver la perle rare susceptible de plaire, mais plutôt le fait qu'avoir plus de séries donne l'impression que la qualité globale des anime a baissé avec le temps, sans parler d'un certain manque d'innovation : plus d'anime signifie également plus de titres mauvais dans le lot... Pourtant, quantitativement, je pense que le nombre d'anime qui ressort du lot est à peu près le même chaque année ; seulement, quand dans les années 90 on tournait avec une cinquantaine de nouveautés par an, il était alors plus facile de remarquer certains titres et cela pouvait donner la fausse impression qu'il y avait davantage de meilleurs anime avant, alors que maintenant il faut arriver à dégager de la masse de nouveautés la moindre série qui mérite d'être reconnue.

Ce qui permet de s'y retrouver dans tout cela, bien plus que la presse spécialisée, c'est maintenant Internet. Que cela soit via le téléchargement illégal ou plus récemment les diffusions simultanées proposées par les éditeurs, jamais la diffusion d'anime ne se sera autant démocratisée que durant ces dix dernières années. Les plates-formes de diffusion et autres simulcasts auront par ailleurs permis de faire parvenir légalement un anime plus rapidement en occident, là où il aura fallu des années auparavant, surtout pour une éventuelle diffusion à la télévision, si l'on retire les cas exceptionnels. Et bien que certains titres soient arrivés en France assez rapidement sur le petit écran comme Card Captor Sakura sur Fox Kids (1999) ou encore Fullmetal Alchemist sur Canal Plus (2005), les écarts de diffusion ont été tout de même davantage réduits et certaines séries licenciées se retrouvent maintenant assez vite diffusées à la télévision, principalement sur les chaînes câblées.

Pour en revenir à Internet, grâce ou à cause de ce moyen il est devenu facile de regarder ou encore suivre une série, ce qui amène un second problème lié lui aussi à l'avalanche annuelle de nouveautés : le fait que tout soit disponible tout de suite, en un seul clic. J'en profite donc pour revenir un peu en arrière, ce qui rappellera sûrement des souvenirs à certains : comment faisait-on pour regarder une série inédite en France, avant l’arrivée d'Internet ? Il n'y avait pas beaucoup d'options : s'échanger des copies de qualité douteuse de cassettes vidéo, avoir la chance de pouvoir recevoir des chaines de télévision étrangères qui proposaient davantage de nouveautés par rapport à la France (notamment l'Italie), avoir un correspondant japonais qui envoie des cassettes vidéo d'anime directement enregistrés à la télévision mais à condition de posséder un magnétoscope NTSC pour pouvoir les lire, ce qui n'était pas forcément évident non plus... Sans parler des anime diffusés durant les conventions mais aussi des fans plus fortunés qui importaient directement leurs laser discs et leurs VHS directement depuis le Japon. Pour avoir des anime, il fallait donc le vouloir et le chercher : d'où l'un des reproches lié aux années 2000, majoritairement de la part des vieux fans : la génération du "tout disponible tout de suite", et la boulimie que cela entraîne.

Si on ajoute à cela le fait que durant les années 2000 on a donc eu droit à une avalanche de nouveautés, il est devenu plus facile d'ingurgiter des anime à la chaîne, qu'ils soient bons ou mauvais. C'est maintenant plutôt faire le tri qui devient un casse-tête, d'autant plus que tout ne finira pas forcément licencié en dehors du Japon. Bien entendu, quelques titres dans le lot restent toujours plus ou moins ignorés chaque année, que ce soit par les éditeurs ou les fansubbers : qui aura regardé Deltora Quest, Les Misérables : Shoujo Cosette ou encore Mouryou no Hako ?

 

Aria

Évolution

Les années 2000 ont également été synonyme d'évolution. Évolution tant au niveau de la création que de la diffusion :

  • L'ère du tout-numérique : adieu les anime réalisés entièrement à la main. Il s'agit je trouve de l'un des plus gros changements de ces années 2000, les anime étant maintenant colorisés par ordinateur. La numérisation permettant également de produire des anime plus vite à moindre coût, il n'est donc pas étonnant que la quantité de nouveautés ait explosé durant cette décennie. Cela aura également apporté une augmentation d'incrustations de CG et autres rendus en 3D dans certaines séries, pour le meilleur et pour le pire.
  • Le format des séries, de plus en plus court. Une saison de 12 ou 13 épisodes peut paraître maintenant normal, et les séries qui s'étendent sur des cinquantaines d'épisodes se font plus rares, mais il y a quand même les séries qui trichent en se scindant en deux saisons avec parfois un titre différent alors qu'elles forment une même continuité. Quoiqu'il en soit, 13 épisodes correspondant à trois mois de diffusion, soit une "saison" ; cela peut paraître peu ou non suivant les cas, mais pour passer à l'autre extrême, cela reste souvent mieux que 200 épisodes bourrés de fillers de certaines séries diffusées en fin d'après-midi. Les séries nocturnes, c'est-à-dire la majorité, dépassent quant à elles rarement les 26 épisodes consécutifs, le format de 13 épisodes étant le plus fréquent ; même si le premier contre-exemple qui me vient tout de suite en tête est le remake de 2005 de Glass no Kamen avec ses 51 épisodes et qui a pourtant été diffusé à 2 heures du matin.  Les séries diffusées en fin d'après-midi étant plus populaires et davantage destinées à un public bien plus large que le public otaku, il n'est pas rare pour elles de justement dépasser ces 26 épisodes. Sans trop m'aventurer là-dessus, on pourrait aussi avancer que les anime nocturnes sont l'équivalent actuel de toutes les OAV auxquelles on aura eu droit durant les années 90.
  • La rapidité des adaptations : un manga ou encore un light novel a du succès ? Il faudra attendre peu pour qu'il soit adapté. Au contraire, certains titres qui ont eux aussi du succès se voient adaptés plus tard, ou alors jamais. Je pense notamment à Mirai Nikki, qui malgré son succès aura dû attendre 2010 pour avoir droit à son épisode pilote, ou encore aux secondes saisons de certains anime promises depuis quelques temps mais qui n'arrivent toujours pas, notamment celle de Tobaku Mokushiroku Kaiji. D'autres adaptations restent plus discutables, ou leur choix s'avère être un véritable mystère : pourquoi adapter maintenant Level E de Togashi en anime ?
  • Le choix des œuvres adaptées : si l'on considère uniquement les anime nocturnes, de plus en plus de visual novels et de light novels finissent par être adaptés pour être diffusés à la télévision japonaise... les eroge étant les grand gagnants. Il y a bien des adaptations de mangas ou encore quelques intrus comme les productions originales, mais le fait que la case horaire nocturne des anime au Japon soit surtout destinée au public otaku, il est donc normal de retrouver en majorité  des anime pensés pour ce public, sans parler des anime harem et autres productions tirées de jeux vidéo pour fujoshi. La case de ces anime nocturne revenant au passage plus ou moins chère suivant les horaires, on pouvait donc retrouver des séries comme Suzumiya Haruhi no Yuuutsu et Lucky Star diffusées assez "tôt" à minuit, tandis que des séries comme celles de Ah! My Goddess et Aria passaient à 3h30 du matin, case horaire qui revient donc beaucoup moins cher, ces séries ayant un potentiel commercial tout de même moins grand que les séries de Kyoto Animation. Il faut aussi noter l'existence de noitaminA et Anime no Chikara, le premier ayant originellement pour cible première les jeunes femmes et le second ayant pour but de créer des anime originaux, avec plus ou moins de succès. Mais le fait que Anime no Chikara n'ait pas vraiment marché ne va sûrement pas aider l'industrie à se diriger vers des productions originales...
 

Dennou Coil x K-on!

Le moe, le fan service et la crise

C'est vers 2005 que le mot "moe" a commencé à réellement se démocratiser sur la toile, du moins en occident. Un mot pourtant pas si nouveau, déjà utilisé dans les années 90, sans parler de certains tournois de popularité sur internet comme le Anime Saimoe Tournament qui existe depuis 2002. Le "moe", les anime de 2000 et la qualité de ces derniers : difficile de parler de tout cela sans donner l'impression de troller, car pour pas mal de fans les années 2000 riment avec "moe", considéré comme le cancer de l'animation japonaise moderne.

Que reproche-t-on aux séries dites "moe" ? Le synonyme de la diminution d'anime qui privilégient la narration avec un minimum de consistance ? La surabondance de séries remplies de personnages "en kit" mignons tout plein sans réelle subsistance ? Le fan service complètement inutile auquel on ne peut plus échapper ? Personnellement, mon seul gros reproche envers ce phénomène est que la prolifération du moe entraîne une sorte de standardisation des anime. C'est en quelque sorte la conséquence d'une industrie en crise qui produit ce que le public lui demande : malheureusement, cela entraîne une sorte d'uniformisation des goûts qui ne laisse plus vraiment de place à la compétition. Les anime ne cherchent pas à se différencier les uns des autres, et les réalisateurs en ont pleinement conscience : on se retrouve donc chaque année avec des dizaines de séries aux personnages et au chara-design similaires. Parce qu'une série de ce genre est plus susceptible d'engendrer des bénéfices, on a donc droit à moins d'anime originaux et risqués, ces derniers ne pouvant même pas se reposer sur la vente des DVD et des produits dérivés pour espérer tirer un quelconque profit.

Ce phénomène de manque de diversité n'est cependant pas nouveau ; si j'ouvre l'un de mes numéros du magazine japonais Animage des années 80, la majeure partie est consacrée à des séries de robots et de science-fiction. Seulement même si le contexte de l'époque était différent, et le public visé aussi, je trouve que cela est bien pire à l'heure actuelle car on a également tendance à vouloir enfermer les personnages dans un "archétype" : des archétypes différents tant au niveau du caractère que du physique (tsundere, dojikko, meganekko...). Certains personnages finissent également par n'être qu'un copier-coller d'un autre, mais ce n'est malheureusement là non plus pas vraiment un phénomène récent, comme par exemple avec les nombreux clones de Rei Ayanami que l'on a connu à la fin des années 90 et un peu dans les années 2000. Je trouve aussi que récemment beaucoup de personnages creux sont mis en avant : des personnages qui n'évoluent pas et sont destinés avant tout pour plaire à leur public, dans des séries où leurs sentiments semblent vraiment artificiels et forcés, et en cela je vise surtout une bonne partie des anime harem.

On peut également noter durant la fin de cette décennie une nette augmentation de titres diffusés à la télévision assez "borderline", avec un fan service ecchi tellement  poussé que même de véritables anime considérés comme "hentai" dans les années 90 font vraiment gentillets à côté : Queen's Blade, Seikon no Qwaser, Kanokon et récemment le fameux Yosuga no Sora... Reste à voir comment cette tendance va évoluer avec les années qui viennent, même si j’ai un peur pour le moment.

 

Yatterman

Le mot de la fin

Je trouve que d'un côté, la décennie 2001~2010 aura quand même apporté un niveau de perception différent de la japanimation, étant donné que la façon dont est regardé et fabriqué un anime aura radicalement changé. Mais plus globalement, je suis un peu attristée par la tendance de l'industrie à vouloir uniformiser les séries sans véritablement primer l'originalité, et à vouloir toujours produire le même genre d'anime parce que cela "marche bien" auprès du public... même si cela n'est pas un phénomène nouveau. Car il y aura eu des petites perles, des anime sympas comme tout, mais également beaucoup de crasse pendant ces dix années.

J'ajouterai également que si une série comme Evangelion aura marqué les années 90 et surtout la fin de cette décennie-là, que peut-on dire pour 2001-2010 ? Quelle série aura réellement eu un impact important ? On se souviendra de certains titres dans les années qui viennent, mais je ne trouve pas qu'une série aura eu un réel impact. Je suis quand même tentée de citer Suzumiya Haruhi no Yuutsu pour le phénomène social qui s'en est est découlé, y compris à travers le monde, mais que restera-t-il vraiment de cette série purement pour otaku dans dix ans ?

Pour le moment j'avoue ne pas être très optimiste si beaucoup de studios continuent de minimiser la prise de risque en continuant à produire le même type de série en boucle, et c'est d'ailleurs pour cela que voir cette décennie se conclure avec une sorte de doigt d'honneur de la part de Gainax à cette industrie stagnante m'aura fait plaisir. Il ne reste maintenant plus qu'à voir à quoi ressembleront les séries mais aussi les fans de demain, vers quoi les anime vont se diriger et, surtout, comment va évoluer l'industrie de l'animation japonaise...

 

Liens complémentaires :

Fanarts : Aria / Nodoka et Sacchi / Yatterman 2008.

 

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82 Commentaires sur "Anime – Bilan de la décennie 2001-2010 : 1ère Partie"

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NiKi
Invité

« (mais pourquoi adapter Level E de Togarashi en anime ???). »

Togashi.

Sinon ça fait plaisir de lire ce genre d’articles~

Naouak
Invité

Première personne que je vois mettre dans un article que le moe c’est équivalent aux méchas des années 80. Enfin ! ça fait longtemps que je le répété, le moe c’est autant un cancer que le mecha le fut aux années 80. Juste qu’avec le supermarché tout gratuit d’internet les gens ont pas compris qu’ils sont fan de quelque chose qui est avant tout une industrie avant d’être une culture.

Maxobiwan
Invité

« Cette décennie se conclure avec une sorte de doigt d’honneur de la part de Gainax »

Le plus drôle c’est que cette phrase a un double sens une fois le dernier épisode de Panty & Stocking terminé ^^

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[…] This post was mentioned on Twitter by Kanapey and others. Kanapey said: RT @_Exelen: Nouveau billet : quelques réflexions sur la décennie 2001-2010 en matière d'anime http://tinyurl.com/2fxlw6b […]

Sonocle Ujedex
Invité

Je ne suis pas d’accord avec ton utilisation du mot archétype comme un genre de carcan restrictif à la créativité. Dans ce cas on parlerait plutôt de cliché ou de stéréotype mal utilisé.
Mais l’archétype est sensé représenté une grande image, un grand ensemble, un emblème idéal qui inspire la créativité en passant d’abord par une certaine imitation. Elle s’applique plus pour des grands symboles, des icônes mythologiques ou des figures héroïques.

Autre chose que les megganeko, tsundere ou dojikko qui tiennent plus du détail distinctif et amplifié pour une reconnaissance plus facile, donc un stéréotype. Rien de mal à ça si on arrive à partir d’un détail de personnalité grossier pour mieux s’en émanciper ou simplement renforcer avec astuce le capital sympathie du personnage. Mais quand on est a pas fin, ni original, ni ambitieux et qu’on se contente juste du seul distinctif, ça devient un cliché, comme ceux qui tu condamnes dans ton article, qui au passage, est très intéressant et résume assez bien la décennie (jusqu’à ce je trouve encore autre chose avec quoi je suis en désaccord :p)
Sans déconner, c’est bien d’avoir entrepris cette tâche. Good job !

Aussi je pense que si la grosse présence du mecha/sf dans les années 80 était peut-être pas aussi gênante et « cancérigène » que le gros de la prod moe de cette décennie, c’est que l’otaku n’était pas encore complètement cette démographie cible nationalement reconnu par des les industries comme aujourd’hui. Certes, elle était cette année-ci en pleine émergence et affirmait son identité à travers des séries phares qu’on connait tous, mais pas assez imposante encore pour que des professionnels s’intéresse spécifiquement à eux, empêchant de penser à trop se balisé sur une culture très spécifique.

La mecha d’époque restait encore majoritairement une affaire de petits jeunes, d’ados et autres acheteurs de jouet, et il faut encore prouver que la sf n’est pas de a culture pop qui peut concernée n’importe qui d’autres que des geeks et des nerds, sans être autant investit par ce genre que les deux types précédemment mentionnés.

Le vrai otaku, à cette époque, il était vers les OAV qui visaient vraiment les « spécialistes » de la belle animation.
En plus de ton article, j’ai ici trois autres articles dont 2 entretiens avec Dai Sato qui résument bien cette crainte de « l’appauvrissement » de l’animation née cette décennie.
http://asiafilm.fr/2010/07/28/les-problemes-de-lanimation-japonaise/
http://www.otaku2.com/articleView.php?item=679
http://www.paoru.fr/2010/06/25/interview-dai-sato-loeil-du-scenariste/

Angelkappa
Invité

Très bon article.

Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il y a beaucoup de série de type moe/harem/ecchi. Je passe facilement à côté de ce genre sans regret et ma sélection d’anime par saison est assez restreint. De toute façon j’ai plein de série à rattraper.

Je pense qu’il devrait faire moins d’anime par saison qui se ressemble trop et favoriser les créations originales, mais c’est pas la prochaines saisons qui va nous le prouver -_-

Amrith
Invité

Bilan qui se lit plutôt bien.

Mais qui débute mal, par une idée fictive à visée disculpative : la dégradation de l’anime qui ne serait qu’une impression induite par la hausse du nombre de titres. Les marchands de sable nous laissent entendre que la profusion étoufferait les bons anime… elle devrait au contraire permettre aux anime d’excellence de briller au-dessus de la masse ! Sauf qu’aujourd’hui, et c’est là le vrai sujet, être au-dessus de la masse, c’est torcher un anime de qualité correcte. A quelques exceptions près, les titres reconnus comme des monuments dans les années 80′ ou 90′ ont cédé la place à des produits pour neo-otakus sans bases culturelles, addulés parce que juste regardables.

Quid de facteurs mesurables tels que la qualité d’animation moyenne de la production, en chute libre durant la décennie, ou du taux d’oeuvres originales par rapport aux adaptations de mangas/light-novels/eroge, en constante progression, de la banalisation de la 3D, de la standardisation du design, de la quasi-disparition du format OVA, de la variété des genres ou du nombre de réalisateurs majeurs révélés durant la décennie ? Au-delà du blabla relativiste, voici certains des pans objectivables – et difficiles à contester – du déclin.

Haruhi ne tiendra pas l’épreuve du temps, ça n’est ni une création originale, ni un anime à la racine, et par-dessus tout, c’est un titre circonstanciel qui confond intentionnellement, et avec un certain talent, qualité et buzz. Plus de buzz ? Alors le sens, l’inscription de l’anime dans un cadre s’évaporent dans la foulée.

Gurren-Lagann sera probablement le seul titre remémoré et revisité par l’ensemble du public pendant les vingt prochaines années. Et par un hasard qui n’en est pas un et qui en dit long sur l’état de l’industrie, il s’avère que Gurren-Lagann est avant tout un hommage démesuré à l’anime d’antan, à l’ancienne école, la tentative d’embrasser l’héritage des grands réalisateurs des années 70′ et 80′, des Nagahama, Matsumoto, Dezaki, Tomino, en usant au passage d’une animation très eighties à la Kanada. Le meilleur anime de la décennie 2000 est un tribute admis comme tel aux années 70′ et 80′ : on ne pouvait pas trouver ironie plus probante et démonstrative de la vacuité de l’anime actuel.

Tabris
Invité

Dans la situation de « crise » actuelle, où tout semble se ressembler et se répéter, on peut tout de même se reposer sur certains studios tels que Gainax, Bones ou Production IG, alternant entre adaptations et contenu original. Plutôt que de s’apitoyer sur le moins bon, essayons de promouvoir ce qui peut être produit de mieux, même si nous ne pesons pas bien lourd par rapport au public japonais.

Reste à espérer que les autres essayent de suivre leur exemple, mais les ventes de DVD/BRD ne jouent pas forcément à chaque fois en leur faveur.

neokenji
Invité

Pour voir des séries inédites avant la démocratisation d’Internet en France, certains magasins sur Paris dont je ne mentionnerai pas le nom pratiquaient aussi la copie de Laserdisc sur VHS sous le manteau (la copie vendue à un prix totalement abusée, cela va de soit).

Comme Amrith, on pourra aussi parler de ce qu’est devenu le format OAV durant cette décennie. Il est vraiment regrettable que l’on ait pas plus de productions du niveau d’un Gundam Unicorn pour ne citer que lui. Dans le genre mecha, on a bien les nouvelles OAV de Mazinkaiser pour 2011 mais faudra voir ce que ça vaut.

Par contre, on pourra aussi parler des séries/OAD qui ont d’abord connu une diffusion sur le net comme Xam’d ou Eve no Jikan. Par contre, je ne sais pas si on peut vraiment parler de tendance dans ce cas-là.

Suryce
Invité

Je vois souvent Haruhi être qualifié d’anime otaku, mais j’ai dû mal à comprendre pourquoi au juste ? Le show contient bien quelques références et thématiques, mais ça reste plutôt discret et je ne vois pas en quoi il qualifie comme « purement » otaku. Rien n’empêche un total profane de regarder la série et de parfaitement la comprendre.

On se souviendra de Gurren Lagann comme aujourd’hui de Gaogaigar, c’est à dire que dans dix ans il n’y aura plus que les connaisseurs nostalgiques pour l’évoquer (n’en déplaise, car je aussi un fan de la série, mais je n’y crois tout simplement pas). Haruhi par contre, ce sera une toute autre histoire, non seulement parce que la série à eu un impact plus grand que GL, mais aussi et surtout parce qu’Haruhi sera aussi une série… de la décennie à venir.
Et le fait que l’anime ne soit pas le matériel de base ne nuit en rien à son influence, au contraire.

Faust
Invité

D’accord avec la grosse majorité du billet.
J’étais aussi souvent tenté de dire « c’était mieux avant », alors que c’était juste différent. Il y avait peut être un peu plus de prise de risque, mais la crise est passée par là…
Je plussune aussi sur SHNY : c’est pour moi le meilleur anime de la décennie, mais il n’y aura pas un « avant » et un « après » Suzumiya Haruhi…

Rukawa
Invité

* j’ai vu 5 ep de shoujo cousette et les 21 fansubbé de deltora quest :(

* on n’utilise plus les celluloïds ils ne peuvent donc pas être colorisé par ordi ;)

* le public d’otaku s’en foutent d’un developpement scenaristique et de psychologie des personnages. Une imouto leur suffit pour se branler dessus.

* si les séries deviennent de plus en plus court, c’est pour une raison économique : aversion pour le risque. Avec une série courte, moins de chance de se planter et si elle a du succes, hop « saison 2 ».

* dans mes 80’s 90’s on vendait des jouets, dans les 2000’s on vent des figurines. les otaku des 2000’s ne rêvent pas, ils fantasment.

Asmoghien
Invité

Tu es vraiment prolixe et je suis impatient de lire la suite de cette série qui promets beaucoup.
C’est un sacré tour d’équilibriste de jeter un regard objectif sur l’évolution d’un média touchant forcément différemment avec l’âge. J’imagine qu’en tant que véritable passionnée c’est peut-être presque 20 ans d’anime pour toi alors que je n’ai vraiment eu accès au genre qu’avec la démocratisation d’internet fin des années 90, tu as donc sûrement plus de recul que moi.
Est ce que le moe est le pendant du mecha dans la dérive commerciale des animes, j’aurais envie de dire que non tout de même. Clairement la qualité de l’offre proposée va en se dégradant ou cherche à attirer un (nouveau) public dans lequel je ne me reconnais plus ces derniers temps.
Pour moi l’attrait des anime c’était leurs scénario découpé en multiples épisodes dont le modèle rencontre le même succès quand il est décliné en série TV.
J’aime la Science Fiction et je trouve qu’il y a de véritables œuvres à l’histoire complexe et intéressante qui sont (étaient) disponibles. Même lorsque ce n’est pas de la SF, la particularité culturelle et les mœurs japonaises différentes des nôtres rendent les anime passionnant à suivre pour leur exotisme et leur capacité à véhiculer des émotions parfois inédites.
Pour moi objectivement il n’y a plus d’anime vraiment sérieux et originaux ou qui ne sont pas dilués dans la soupe du fanservice.
Il faudrait que je vois la liste exhaustive pour donner ceux qui m’ont vraiment marqué en voici un échantillon.
Mushi-shi, Mononoke, Haibane Renmei, Twelve kingdoms, Kaiba, Casshern, X, Chobits, Boogiepop, akagi

Afloplouf
Invité

« Noitamina (…) ayant pour cible les jeunes femmes »

Y’a glissement là. A l’origine, la case noitaminA cible le public non-otaku. Y’a les femmes dans le lot mais pas que. Ce n’est pas parce que les plus grosses audiences sont les adaptations de manga qui ciblent des femmes (Honey&Clover, Nodame Cantabile) qu’on peut réduire aussi vite le public. Ou alors c’est mon côté gonzesse.

J’ai du mal à partager le pessimisme ambiant. L’apport du numérique pourrait (c’est loin d’être le cas) libérer la création avec l’abaissement des cous. Un Hoshi no Koe aurait été impossible dans les 90’s.

Et on ne peut pas dire qu’il n’y a que bouzes dans les années 2000 entre un Stand Alone Complex, un Gankutsuou, un Denno Coil, un FMA première formule, un Honey&Clover un FLAG… Même depuis 2007 orgiaque mais qui a marqué l’éclatement de la bulle, un Michiko e Hatchin, un Higashi no Eden, un Cashern Sins, un Kaiba… Je ne me plains pas.

Ramza
Invité

Bravo pour avoir le courage de partir dans un tel chantier. Et en plus ça se lit plutôt bien !

Je dirai moi aussi que le nombre ne dégrade pas forcément la qualité, j’ai trouvé les saisons 2006 à 2008 plutôt bonne malgré la profusion, et ce sont souvent de ces saisons que proviennent les titres qui ont marqué (Je pense à quelques séries de chez Bones ou Gurren par exemple).

Le débat sur tout ces sujets est lancé en tout cas… dommage que la distance géographique+ la barrière de la langue nous empêche d’en débattre directement avec les premiers concerné !

ed
Invité

pareil que Suryce, gurren lagann aura surtout marqué les vieux fan de mecha qui sont en manquent, mais pour le publique classique même otaku, il ne sera qu’un anime « sympa sans plus »…
celui qu’on retiendra sera certainement haruhi (pour toutes les raisons déjà évoqué, même en prenant pas en compte la « brigade francophone » qui n’a qu’un impact FR et qui malheureusement, est en train de pourrir l’image de cette licence en france… mais c’est un autre débat)

sinon, tu as mis une image de k-on pour illustrer la partie « moe » de ton article, mais est ce vraiment un anime moe? pour moi le « moe » est une dérivation du « fan-service » et du « ecchi », quand on voit un truc moe on doit se dire « kyyaaa moeeee!!! »
or k-on semble plutot être dans la famille des animes « tranche de vie » classique avec des moments « kawaii »

en tout cas, je dois dire que je suis étonné par ta persévérance (même si je sens une pincée de pessimisme dans ton article), tu semble encore avoir la foi…
ca doit faire 10ans que je « download » et un moment je matais énormément de chose.. puis j’ai commencé à être sélectif il y a quelques années et même comme ça, je suis blasé… par exemple il y a des séries qui m’intéressaient et elles sont maintenant fini et bah.. je les mate pas… car souvent même si elles ont du sucées, ce sont juste des « vite vu, vite oublié » :/

*pour le futur des animes, je me dis que parti comme c’est, le hentai va devenir un genre comme un autre dans les animes, c’est à dire que même les seiyuus célèbres seront casté!
lorsqu’on regarde l’évolution, ils ont commencé à dessiner les tétons (alors qu’auto-censuré avant), puis des scènes de plus en plus hot et trash (cf: les queens blade et autres yosuga no sora) et maintenant, on a des seiyuus célèbres/à la mode qui acceptent de jouer des dialogues justement, digne d’anime hentai (seikon no machin)

kyouray
Invité

Nodoka poursuivie par Sacchi wat

Ichikyo
Invité

« Shoujo Cosette »
/me leve la main XD

Plus serieusement y’a aussi une raison pour laquelle je regardais Shoujo Cosette, ce n’est pas pour les raisons du dit « moe » parce que l’adaptation était quand même soft.
Mais principalement parce que je manque de ces animes ayant essayé de nous raconter notre histoire francaise facon Japonais. Hors Histoire francaise j’étais agréablement surpris quand Télétoon diffusa « Patapata Hisouken No Bouken » aka Le secret du sable bleu
Une magnifique histoire sans fanservice ou cul, juste l’emotion, la beauté et l’histoire qui est mis en avant.
Une semi adaptation des romans de Jules Verne pour une oeuvre magique mais fortement méconnu ici.

Amrith
Invité

> Suryce

La comparaison Gurren-Lagann/GaoGaiGar se heurte à une réalité de prime importance : GaoGaiGar, il n’y a pas 1% des otakus auto-proclamés aux Etats-Unis et en Europe qui l’ont vu. Donc dire que le public se souviendra de Gurren-Lagann comme la génération actuelle se remémore GaoGaiGar est délirant.

Gurren-Lagann trouvera davantage sa place dans une perspective historique que Haruhi. Le premier est un anime conçu en tant qu’anime, pour les anime-fans. Une création originale. A l’autre bout, Haruhi est un light-novel adapté en anime, ce qui change toute la signification intrinsèque du produit : symboliquement il agit contre l’indépendance de l’animation japonaise, à l’instar du studio qui l’a conçu.
Qui plus est, si le critère doit être celui que tu énonces, à savoir le ‘phénomène’, alors le cas Haruhi est rejeté d’office : dans ce registre la déesse s’est faite écraser par Pretty Cure, One Piece, par les films Evangelion, par une bonne poignée de titres parmi lesquels même des gadgets comme Death Note l’ont talonnée en termes d’engouement. Et aujourd’hui les moeblobs de K-On ! ont récupéré son trône en carton, procédant à un transfert de fans jamais connu en vingt ans.
Haruhi, c’est un phénomène… internet, grossi cinq-cent fois par le prisme d’internet. Hors du net, Haruhi, y compris au Japon, n’a au mieux pas grand-chose d’un phénomène. Il n’y a que les fans pour y avoir cru.

Un anime de légende, c’est un anime qui ne prend la place de personne et surtout dont personne ne prend la place après diffusion. Un titre inamovible, né dans un contexte défavorable à ses aspirations. Haruhi est un peu tout le contraire de ça. Elle est arrivée au moment où tout le monde l’attendait, en suivant le cours de l’eau. Et quand elle a provisoirement disparu, ses fans sont partis chercher une nouvelle coqueluche en-dessous de tout. L’histoire avec un petit ‘h’ retiendra Haruhi, mais davantage pour le boucan de 2ch que pour son contenu.

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