Anime – Bilan de la décennie 2001-2010 : suite et fin

Super Heroine Taisen

Avec un peu de retard voici la suite de ce bilan de la décennie au niveau de la japanimation, avec un billet un peu plus long que le précédent.

Après quelques petits constats sur l'évolution des anime, leur augmentation au fil des ans et leur uniformisation, je me suis maintenant intéressée à leur adaptation suivant leur support d'origine : quelle est la proportion d'œuvres originales par rapport aux adaptations de mangas, de jeux vidéo, etc., et combien de suites débarquent chaque année ? Un petit mot sur la montée du fandom féminin suivra, et je terminerai le tout par un petit aperçu général année par année, avec également des impressions très subjectives sur quelques séries et autres événements de cette décennie.

Pour commencer, j'avoue que je ne savais pas trop au départ comment réellement aborder cette deuxième partie sans que cela ne devienne trop indigeste, étant donné que je voulais surtout mettre en avant les séries en elles-mêmes. Entre faire un top ou dresser une liste année par année, résumer dix années d'animation japonaise reste quelque chose de difficile parce que cela demande aussi un gros effort de mémoire ; j'ai donc opté pour le choix le plus simple, c'est-à-dire dresser un bilan année par année, en faisant ressortir quelques événements de l'industrie de l'anime ainsi que quelques titres qui m'auront personnellement marquée (dans le bon et le mauvais sens). Mais avant cela, j'ai voulu faire également ressortir deux autres tendances en plus des trois précédentes citées dans la première partie, en commençant par l'origine des adaptations.

 

Nia déguisée en Lina Inverse

Adaptations & suites à foison

Il y a plusieurs façons de comptabiliser les anime d'une décennie, comme par exemple les classer par genre, mais j'ai trouvé bien plus parlant de les classer par adaptations, et ce uniquement pour les séries diffusées régulièrement à la télévision. Car j'ai surtout voulu faire ressortir l'originalité d'un anime : s'agit-il d'un concept original ne se reposant sur aucune fanbase, ou bien d'une suite ? S'agit-il d'une adaptation de light novel, de visual novel, ou bien d'un remake d'une ancienne série ? Pour certains titres cela aura été un casse-tête de les classer dans telle ou telle catégorie (notamment lorsqu'une série est tirée d'une machine de pachinko...), mais au final si par exemple un manga est adapté en anime pour la première fois, je l'ai classé dans "adaptation de manga" ; si une suite basée sur ce même manga est créée, alors cette suite sera classée dans "suite et spin offs" et non dans les adaptations de manga. Il en est de même pour les light novels et les adaptations de visual novel. Pour certains titres ce fut difficile de trancher lorsqu'il s'agit d'un projet décliné en trois supports (jeu vidéo, anime, manga) quasiment sortis en même temps ; dans ce cas-là j'ai choisi le média pour lequel il a été pensé en premier. J'ai également volontairement omis de ce schéma les remakes et les adaptations de jeu vidéo (hors jeux de drague et autres visual / sound novels), et regroupé ensemble les light novels et les romans.

Au final, classer les anime suivant leur origine aura été intéressant et m'aura permis de voir quelles étaient les tendances année par année. Comment est-on passé d'une trentaine d'anime originaux en 2001 à seulement une dizaine en 2010 ? Et inversement, comment est-on passé d'une dizaine de suites à plus d'une trentaine à la fin de la décennie ? J'ai donc là aussi classé tout cela sous forme de graphique, toujours en me servant de la base de données de Anime News Network mais aussi du Wikipedia japonais.

Et au passage voici une version alternative de ce graphique (merci à Cyberpenpen !) qui montre le pourcentage qu'occupe chaque catégorie dans le total des œuvres de chaque année, afin d'avoir quelque chose de plus exact étant donné la quantité variable de titres diffusés à la TV chaque année.

Que peut-on tirer de tout cela ? Tout d'abord que le nombre de suites n'aura cessé d'augmenter, au profit des anime originaux et des adaptations de manga. Les adaptations de light novel et de visual novel en séries TV auront elles aussi augmenté petit à petit au fil des années, mais ce n'est que vers 2005 et 2006 que l'on reconnait une hausse bien plus nette ; depuis, le chiffre est resté assez constant. Si l'on cumule les chiffres de séries tirées de visual novels et de light novels (hors romans) puisqu'il s'agit des adaptations qui ont connu un véritable boom dans les années 2000, en 2010 cela donne 22 séries, contre seulement 2 en 2001. Ce chiffre atteint 29 en 2006 : si il a légèrement augmenté au fil des années, 2006 est l'année où il aura explosé ; c'est également l'année où le plus grand nombre de nouveaux anime aura été diffusé à la télévision japonaise (pas moins de 150), mais c'est aussi à partir de ce moment-là que le nombre d'anime diffusés par an commencera à diminuer.

Si les anime se reposant plutôt sur le fan service ecchi arrivaient surtout par le biais des OAV, ils étaient encore en minorité à la télévision au tout début de la décennie. Mais petit à petit, tandis que le nombre d'OAV de ce genre de séries diminuait, elles faisaient davantage leur apparition à la télévision, surtout depuis que les anime sont diffusés le soir et la nuit) ; cela a tranquillement commencé vers 2003 où des séries comme Ikkitousen, Tenjou Tenge, Green Green ou encore Lime-iro Senkitan ont fait leur apparition. C'est entre 2005 et 2006 qu'il y aura une nette augmentation, avec l'arrivée plus importante des adaptations de light novels et de visual novels, bien que la majorité des séries dites "fan service" soient des adaptations de manga.

Finalement, le plus inquiétant reste quand même la nette augmentation de séries sans qu'il n'y ait vraiment de prise de risque : le nombre de suites et autres séries dérivées d'un même univers n'aura cessé d'augmenter, et c'est en 2010 que l'on obtient pour la première fois un nombre de suites supérieur aux nouvelles adaptations. Un problème que je ne trouve pas très rassurant aux côtés de celui du trop grand nombre d'anime produits chaque année, adaptant parfois trop vite un titre, et de la pénurie de staff que cela entraîne.

 

Lucky Star

La montée en force des "fujoshi"

Pour en terminer avec ces quelques réflexions sur les tendances qui m'auront marquée pour cette décennie, j'aimerais ajouter un mot sur le phénomène des fujoshi. Les fujoshi, c'est donc le terme très péjoratif par lequel on désigne les fans de sexe féminin, et plus précisément les fans de BL (Boy's Love) et de yaoi. Et cette décennie, j'ai trouvé qu'il y a quand même eu une nette augmentation de séries animées destinées à ce public, car mis à part quelques rares séries TV, notamment à la fin des années 90, la majorité de titres de ce genre sortaient auparavant par le biais des OAV. Si certaines séries des années 80 et 90 ayant un nombre de personnages masculin relativement élevé (Captain Tsubasa, Saint Seiya...) étaient déjà détournées par les fans par le biais de doujinshi, les séries ne visaient pourtant pas ce public.

GenshikenAu fil du temps, des séries à la base dédiées à un public masculin ont finalement fini par attirer une très grosse portion de fans de sexe féminin, et les exemples de ce type de séries sont nombreux : si dans le années 90 je trouve que Gundam Wing aura été assez marquant à ce niveau-là (et dans une moindre mesure Evangelion à cause ou grâce au personnage de Kaworu), pour cette décennie je retiendrais Gundam Seed mais surtout Gundam 00, sans oublier Prince of Tennis, Fullmetal Alchemist, Code Geass, D.Gray Man, Hitman Reborn, Death Note... Ces séries étant pour la plupart de purs shōnen, certaines n'ont pourtant pas attendu leur adaptation en anime pour devenir également populaire auprès de la gente féminine. Des anime s'amuseront également de cela avec leurs personnages masculins à des degrés moindre, comme par exemple Suzumiya Haruhi no Yuuutsu avec Kyon et Itsuki (même si le fan service pour filles est surtout mis en avant dans le jeu vidéo Suzumiya Haruhi no Tomadoi sur PS2) et surtout Kuroshitsuji avec Ciel et Sebastian, mais là encore les exemples sont vraiment nombreux.

Les années 2000 auront également vu naître davantage de séries qui, enfin, ne mentent pas sur le public visé. Que ce soit Loveless en 2005, Suki na Mono wa Suki Dakara Shōganai!! en 2005 également, Gakuen Heaven en 2006, Junjou Romantica en 2008 ou encore Togainu no Chi en 2010, ces séries ne sont qu'une poignée d'exemples d'un genre qui se sera rapidement démocratisé. Car ce qui est intéressant à noter est que le phénomène envahit également les anime dits "mainstream" : c'est un phénomène qui n'est pas nouveau et qui existait déjà dans les décennies précédentes comme je l'ai déjà Gundam OOmentionné un peu plus haut, mais le contexte de l'époque n'était pas le même et avec internet j'ai l'impression que cela intensifie le phénomène en question. Je prends par exemple le cas de Durarara!, très populaire auprès de la gent féminine, et dont l'anime aura tellement gagné une image de série pour fujoshi (les goodies de Durarara! dans les magasins Animate se vendent à côté des goodies de séries destinées aux filles et autres reverse-harem) que même sur des sites comme Nicovideo et 2ch, beaucoup de fans japonais de sexe masculin pensent réellement qu'il s'agit à la base d'une série pour fans de yaoi, ce qui m'aura au début vraiment surprise... Et il en est de même pour d'autres anime qui marchent bien plus auprès de la population féminine, comme Sengoku Basara et Ookiku Furikabutte.

Un autre aspect des séries pour filles sont les reverse-harem, adaptés le plus souvent de jeux de drague. Malheureusement, beaucoup de personnes (autant en occident qu'au Japon) s'imaginent qu'un anime rempli de bishōnen sera forcément un anime yaoi, alors que ce n'est pas le cas : des séries comme Angelique, Harukanaru Toki no Naka de ou encore Hakuouki, respectivement tirées de deux dating sims et d'un visual novel, sont de purs reverse-harem. Et si ce type d'anime commence lui aussi à devenir de plus en plus présent à la télévision japonaise, seul l'avenir nous dira s'il prendra réellement de l'importance dans la décennie à venir.

 

Rétrospective 2001-2010

Petit bilan final : rétrospective

Pour terminer ce bilan de la décennie, voici donc un bref récapitulatif de ces dix dernières années, avec quelques événements en vrac arrivés dans le monde de la japanim', ainsi qu'un avis personnel sur des séries qui m'ont marquée, en essayant de me limiter à un choix pour chaque catégorie. Là encore, cela reste un bref aperçu de la décennie très personnel et subjectif. ;-)

 

LES ANIME DE 2001

Montrer ▼

LES ANIME DE 2002

Montrer ▼

LES ANIME DE 2003

Montrer ▼

LES ANIME DE 2004

Montrer ▼

LES ANIME DE 2005

Montrer ▼

LES ANIME DE 2006

Montrer ▼

LES ANIME DE 2007

Montrer ▼

LES ANIME DE 2008

Montrer ▼

LES ANIME DE 2009

Montrer ▼

Et en 2010 ?

Montrer ▼

Ce bilan de la décennie se termine donc, bilan qui fut finalement plutôt long à écrire car j'avais commencé à rédiger tout cela début décembre et que j'ai passé mon temps à souvent le remanier. Dans quelques jours devront suivre les bilans de 2010, d'abord sur les jeux vidéo puis sur les anime. Et les impressions sur les nouvelles séries de l'hiver viendront bien plus tard, peut-être à la fin du mois ou en février, je verrai.

Pour finir, merci aux courageux qui auront tout lu jusqu'au bout !

OreImo
Kirino par Yoshitoshi ABe.
  Sources, références et liens utiles : - The Decade in Anime (Chocolate Syrupy Waffles) - Anime of the Decade (Ocha!) - アニメの歴史 (Wikipedia) - Outsourcing slowly killing Anime Industry (Cartoon Leap) - The freefall of Japan's Anime Industry (Japan Today) - The Future of Anime (Ramblings of DarkMirage) - How can the Anime Industry avoid stagnation (Animenation) - Industry group head says Anime is a bubble that burst (Anime News Network)

Fanarts : Super Heroine Taisen - "Nia Inverse".

Poster un Commentaire

49 Commentaires sur "Anime – Bilan de la décennie 2001-2010 : suite et fin"

Me notifier des
avatar
Trier par:   plus récents | plus anciens | plus de votes
Lux
Invité

« Kirino par Yoshitoshi ABe »
What is this I don’t even

NiKi
Invité

DONC Haruhi n’est pas provocateur du boum des ranobe car il est apparu en plein milieu de celui-ci.

J’anticipe ceux qui savent pas lire un graphique

lpfManiak
Invité

encore un article intéressant, plus que la première partie à mon sens. C’est agréable que quelqu’un de calé nous fasse le point.

Kyoshi
Invité

« 2008 :LES SÉRIES QUE J’AI HONTE DE NE PAS ENCORE AVOIR REGARDÉES :

… rien pour cette fois. »

Tsssk, Kara no Kyoukai ! :D

Très beau bilan, en tout cas. C’est intéressant de voir chaque année passée en revue, et j’ai beaucoup apprécié le graphique sur l’évolution des adaptations/oeuvres originales.

Tabris
Invité

J’applaudis d’abord le travail effectué pour collecter toutes ces infos, ça a du être long et chiant :p

Le début de la baisse des contenus originaux semble corrélée au moment de l’explosion de la bulle, ce qui est une réaction compréhensible pour protéger le marché sur le court terme. Cependant, il faut voir maintenant quel va être le déclencheur pour faire repartir ces séries, et ne plus dépendre uniquement des adaptations.

et in before : Drig qui dit que 2006 est le début de la fin.

Ludo
Invité

merci pour ce bilan très instructif. Chapeau pour le récap par année !

Michiyo
Invité

Merci pour ces deux bilans, ils étaient vraiment très intéressant. :)

Corti
Invité

Merci pour ce résumé particulièrement intéressant. Au moins, on aura enfin une base avant de partir dans des débats. Et finalement, y’a quand même masse de trucs matables quoiqu’en pense les anti-moe.

Faust
Invité

Effectivement, billet très instructif. Le graphique confirme ce que je pensais sur la diminution drastique d’œuvres originales…

brotch
Invité

Article passionnant et très dense, que j’archive au côté de son prédecesseur. Je suis persuadé que ce travail statistique et analytique servira en beaucoup d’occasions.

Merci !

FFenril
Invité

Exelen. Je ferai ce que tu veux. Nomme une bonne série qu’il est honteux que je n’aie toujours et je promets de vite la voir. ALORS S’IL TE PLAIT POUR L’AMOUR DE DIEU ET DE TOUS LES SAINTS, FULL METAL PANIC TE TEND LES BRAAAAAAS ;_____;

Si necessaire, je suis prêt à lancer un nouveau projet comme pour Gundam 0080 !

Tetho
Invité

Choc ! Mariem n’a vu ni Eureka, ni FMP! Que croire après une telle révélation ?
(Et Last Exil aussi devrait être dans tes priorités)

FFenril
Invité

Sinon, maintenant que j’ai fini avec le cri du coeur, bel article, plein de trucs que je devrais voir aussi :)

Amrith
Invité

> « Et finalement, y a quand même masse de trucs matables quoiqu’en pense les anti-moe. »

L’écrasante majorité d’entre eux concentrés dans la première moitié de la décennie, c’est-à-dire avant que le moe ne devienne systémique.

neokenji
Invité

Dans la série navet/truc honteux de 2005/2006, la trilogie des films de Zeta Gundam pourrait aussi avoir une très bonne place. Je n’ai pas les chiffres en tête mais il me semble qu’ils avaient plutôt bien fonctionné en terme d’entrée en plus.

Sinon, je rejoins FFenril : mate FMP, c’est un ordre, en priant pour qu’on ait une nouvelle saison :D

Rukawa
Invité

attends, ta MAL est plus longue que la mienne, OK.
mais dans les anime que t’as honte de pas avoir vu, j’en ai vu facile les 3/4.
tu préfères donc voir les daubes que les anime de qualité (ou pas parce que Stellvia tu peux t’en passer).

merci d’avoir cité tenshi na konamaiki, un anime dont le but est d’être drôle mais que les moephile ne materont jamais parce que c’est moche.
Je viens de me rendre compte que j’ai oublié de le citer dans les anime drôles, lors de mon commentaire du 29 décembre 2010 @ 16 h 23 min dans le dernier bilan.
j’ai vraiment honte de moi. sérieusement.

Moegaku est simplement le meilleur anime de 2008 :(

Inuki
Invité

Déjà bravo pour le travail de recherche. Bel article sur l’évolution de l’animation japonaise depuis 2000 en tout cas.

Ensuite c’est vrai que tu vises l’epic fail avec toutes les séries que t’as pas vu ^^ (surtout que tu les traînes depuis un bon moment). Bref pour bien démarrer cette nouvelle décennie tu devrais essayer de rattraper ça ;).

PS : 2ch critique le moe et Yui est élu meilleur perso de 2010 au Japon >_<.

Rukawa
Invité

han t’as pas vu Hanada Shounenshi non plus en 2002 ! Honte à toi !
et honte à moi de l’avoir également oublié aussi.
2002 a vraiment été une année où on savait être drôle, yavait les Jungle Guu DX également …

Natth
Invité

Excellent bilan pour un article très riche, comme le précédent :)
Sinon, j’ai moi aussi trouvé l’année 2006 très fournie, sans doute plus que les autres années. Je n’ai d’ailleurs pas pu choisir entre .hack//Roots et Bakumatsu K.I. comme titre préféré. En fait, je me rends compte que j’ai raté pas mal de choses avant 2008, mais je devrais trouver le temps pour les regarder maintenant.

cyberpenpen
Invité

Tu aurais peut-être dû également faire un graphique montrant le pourcentage occupé par chaque catégorie dans le total des œuvres de chaque année, pour relativiser la quantité de séries évoluant avec le temps : si cela ne change pas grand chose pour les adaptations de romans et de light novel, pour celles de VN/SN/dating sim/eroge et pour les suites, on constate par contre que la courbe des adaptations de manga reste à peu près stable et que celle des séries originales fait une franche dégringolade. Le graphique obtenu donne ceci (en reprenant tes catégories et tes chiffres) : http://i.imgur.com/RWpOR.jpg

wpDiscuz