Déjà sorti il y a un peu plus d’un mois au Japon, Bravely Default : Flying Fairy aura fait parler de lui auprès des fans de RPG japonais, notamment parce que ce titre de Square Enix est plus proche dans l’esprit d’un Final Fantasy que les Final Fantasy récents. Mais s’il a eu droit à des articles assez dithyrambiques, il a également essuyé bon nombre de critiques concernant un certain aspect faisant partie intégrante du scénario et sur lequel je reviendrai un peu plus loin.

Bravely Default est avant tout la suite spirituelle de Final Fantasy : The 4 Heroes of Light, sorti sur Nintendo DS en 2009, les deux titres ayant été dirigés par Tomoya Asano. Si le développement du spin-off de Final Fantasy avait été confié au studio Matrix, pour le cas de Bravely Default c’est cette fois-ci Silicon Studio qui s’y est collé, en partenariat avec donc Square Enix mais également le studio 5pb., et notamment le scénariste du visual novel Steins;Gate : Naotaka Hayashi.

Une surprenante collaboration qui aura été un peu le fruit du hasard, l’un des assistants de Asano ayant recommandé Steins;Gate à ce dernier. Et Asano aurait tellement apprécié le scénario mais aussi les personnages de cette œuvre qu’il voulut faire un peu la même chose dans son futur jeu en y intégrant une histoire à rebondissements et des personnages attachants. Il demanda donc à Hayashi d’être le scénariste de Bravely Default, et c’est ce dernier que l’on retrouve derrière l’intégralité du scénario et de ses thèmes.

Bravely Default Flying Fairy - personnages

L’histoire de base est des plus classiques et met en scène un groupe de quatre héros devant protéger les quatre cristaux élémentaires de leur monde, appelé Luxendarc. Le petit groupe de héros se forme très vite dès le départ, et chacun d’entre eux possède une personnalité et une histoire plus ou moins développée. Que ce soit la prêtresse du vent Agnès Oblige (le terme « Oblige » étant par ailleurs le titre donné aux prêtresses de ce monde et non un nom de famille) accompagnée de la petite fée Airy, le jeune Tiz, seul survivant d’un cataclysme ayant englouti son village, l’amnésique Ringabell et son mystérieux journal dont le contenu semble révéler le futur, ou encore la rebelle Edea qui a choisi de trahir sa patrie, les quatre protagonistes seront liés par ce même but commun : libérer les quatre cristaux élémentaires de leur monde. Un début certes classique mais qui cache bien des surprises, la plupart étant cependant prévisibles si l’on fait attention aux dialogues, d’autant plus que le fameux « journal de D » possédé par Ringabell contient de nombreuses informations intéressantes mais qui spoilent un peu vu qu’il révèle certains événements et combats à venir… avec bien des différences toutefois, ce qui permet au joueur de se demander quelle est sa véritable nature.

L’un des aspects du jeu qui m’aura assez surprise est la présence de quelques côtés sombres, et ce notamment lors des quêtes secondaires. Sans parler de tout ce que doit traverser le personnage d’Edea à cause de sa trahison envers son pays, et qui se retrouve par la force des choses à éliminer tous ses anciens camarades tout au long du jeu… J’ai toutefois trouvé étrange que certains points abordés très tôt dans l’aventure ne trouvent leur réponse qu’à la toute fin ; je pense notamment à un adversaire que l’on affronte lors des premières heures et qui, avant de mourir, fait une certaine remarque complètement sortie de nulle part à Tiz et qui ne trouvera en fait sa réponse qu’une bonne quarantaine d’heures plus tard.

ルクセンダルク紀行 ~ Luxendarc’s Travel Journal – Florem

Si le scénario possède des rebondissements intéressants et de bonnes idées, certains auront bien divisé les joueurs. Le principal défaut de Bravely Default (sans jeu de mot), mentionné dans quasiment toutes les critiques, pourra effectivement en dégoûter certains et il est difficile d’en parler sans trop spoiler : le jeu est en fait divisé en huit chapitres, et si les quatre premiers promettent un jeu au déroulement des plus classiques avec à chaque fois la libération d’un cristal, la grosse « surprise » vient à partir du chapitre 5.

C’est sur ce point-là que le scénariste aura été pas mal critiqué, car en mettant en place une sorte de reboot dont je ne révélerai pas la nature, le joueur se retrouve alors dans l’obligation de libérer de nouveaux les quatre cristaux. Si ce n’était qu’une fois, la pilule serait passée, or il faudra répéter la même chose pour les chapitres 6, 7 et 8. Heureusement il ne s’agit pas de refaire le jeu dans son intégralité, et une boucle peut se terminer rapidement si on se contente de libérer les cristaux et d’ignorer tous les boss secondaires, mais la répétitivité de la chose est telle qu’elle pourra en décourager plus d’un.

Chaque nouveau chapitre lors de ce reboot apporte quand même son lot de différences et de nouveaux dialogues, surtout si l’on décide de se battre de nouveau contre les nombreux boss optionnels. Ce sont les chapitres 5 et 6 qui apportent le plus de nouveautés en terme de dialogues et d’événements, et la boucle peut être brisée dans ces deux-là. Ce n’est qu’une fois cette boucle brisée que le joueur pourra obtenir la fin normale et ensuite continuer sa partie après les crédits de fin pour poursuivre le cycle jusqu’au chapitre 8, et ce afin d’obtenir la True Ending.

Cet aspect très répétitif m’aura assez rappelé le déroulement d’un visual novel, mais si dans ces derniers faire plusieurs fois le jeu ne pose pas de problème parce qu’on peut accélérer les dialogues, dans un RPG ce style de cheminement pour obtenir la fin ultime n’est peut-être pas la meilleure des idées et l’histoire aurait ici largement pu être amputée de deux chapitres. Je ne sais pas si c’est dû à une volonté de prolonger artificiellement la durée de vie du jeu ou non, mais ce problème est vraiment le GROS reproche principal fait à l’encontre de Bravely Default.

Bravely Default Flying Fairy - invocations

Pour le côté plus technique de la chose, je n’entrerai pas dans les détails car cela a été mentionné sur bien des sites, mais Bravely Default possède un système de jobs calqué sur celui de Final Fantasy V : c’est bien le gros intérêt principal du jeu, avec à ses côtés le système de Brave et de Default. Si les jobs, au nombre de 24, restent assez traditionnels, ils proposent néanmoins quelques curiosités plus exotiques comme les jobs de Valkyrie et Vampire, même si ils sont respectivement l’équivalent de Dragoon et Blue Mage. Certaines capacités de ces jobs rendent toutefois l’aventure nettement plus simple mais s’obtiennent heureusement tardivement, comme par exemple le dernier job caché qui propose une capacité qui se déclenche automatiquement au début de chaque combat et fait un instant kill sur tout groupe d’ennemis qui aura le malheur d’être plus faible que les héros : en user et abuser, tout en s’équipant de la capacité qui augmente les points d’expérience, permettra de rapidement atteindre le niveau 99…

Quant au système de Brave et Default, utiliser la fonction Brave permet d’attaquer plusieurs fois en un tour mais en contrepartie empêche le personnage en question l’ayant utilisé de faire une action les tours suivants. La fonction Default, au contraire, permet de passer son tour mais d’accumuler des points de Default qui permettront ensuite de pouvoir attaquer plusieurs fois durant son tour. Cela propose un avantage assez net contre les ennemis de base, et c’est sûrement pour cela que la majorité des ennemis frappe plutôt assez fort.

Cependant Bravely Default n’est pas très difficile, et personnellement je n’ai jamais éprouvé le besoin de faire des combats en boucle pour grappiller des niveaux ; bien au contraire, j’ai même trouvé que l’on gagnait des niveaux très rapidement. En fait, je trouve que pas mal de petits trucs en plus rendent l’aventure plutôt agréable : les combats aléatoires sont peu fréquents (il est d’ailleurs possible de changer cette fréquence via des capacités du job de base), ils peuvent être accélérés de la même manière que ceux de Fire Emblem Awakening sur la même console, et les donjons ne sont ni très longs ni très compliqués bien que de nombreux trésors soient cachés dans certains recoins, les plus pénibles d’entre eux à traverser comme le Sanctuaire du Feu possédant heureusement des raccourcis.

Bravely Default est un RPG qui semble old-school dans le fond mais ne l’est pas tellement, avec en bonus des fonctionnalités en ligne liées au système de StreetPass qui apportent un plus non négligeable.

ルクセンダルク紀行 ~ Luxendarc’s Travel Journal – Eizenberg

Les fonctionnalités en ligne du jeu sont en effet un plus indéniable, même si le joueur peut s’en passer pour terminer l’aventure. Il est donc possible, lorsque l’on a des amis qui jouent au jeu, de suivre leur progression et de lier les capacités des jobs qu’ils ont débloqués à ses propres personnages. Cela rend facilite effectivement le jeu, et il est bien pratique de pouvoir ainsi débloquer les sorts de magie blanche jusqu’au niveau 5 alors que nos propres personnages n’ont pas encore les capacités suffisantes pour pouvoir les utiliser.

Il est également possible d’invoquer les amis que l’on a liés et d’utiliser l’attaque spéciale qu’ils ont « enregistrée » : vu qu’il est possible que ces attaques fassent 9999 points de dégâts, il est peu recommandé de les utiliser au début de l’aventure car cela peut tuer un boss en un coup et donc gâcher le plaisir du jeu. Il en est de même pour les inconnus que l’on « streetpasse », et c’est toujours intéressant de découvrir la progression des autres joueurs : on peut donc voir leur nombre d’heures dans le jeu, quels jobs ils ont débloqués, quel équipement ils possèdent, quel est leur niveau… Pour ceux qui n’ont pas d’amis jouant à Bravely Default ou ne peuvent pas streetpasser d’autres joueurs, il est toujours possible d’utiliser une fonction spéciale du jeu permettant d’invoquer un ou deux joueurs aléatoires par jour.

Le plus fabuleux dans tout cela est lors de la véritable fin, où le combat final prend des proportions épiques en faisant appel à ses amis possédant le jeu, rejoignant alors le joueur pour l’ultime assaut, ce qui m’aura un peu rappelé dans la forme le principe du combat en ligne contre le Ur Dragon dans Dragon’s Dogma.

Bravely Default Flying Fairy

Pour mettre à jour la progression des autres joueurs il faudra toutefois rafraîchir ses données via le menu du jeu, tandis que pour « enregistrer » sa propre attaque et la mettre à disposition de tous en ligne il faudra utiliser le pendentif d’Agnès lors des combats, et ce juste avant l’attaque que l’on souhaite enregistrer.

Le plus intéressant est que les attaques spéciales peuvent être personnalisées à volonté : on peut choisir leur élément, quelle altération d’état elles donneront aux ennemis, voire même quels bonus elles accorderont aux personnages de l’équipe. Et, cerise sur le gâteau, il est tout à fait possible de donner un nom à son attaque ainsi qu’écrire la phrase que prononcera le personnage qui l’utilisera, choses qui seront par ailleurs visibles auprès des autres joueurs. Ce n’est pas très utile en soi mais j’avoue avoir passé beaucoup de temps là-dessus !

Rencontrer d’autres joueurs est également très utile pour reconstruire le village de Tiz qui avait été détruit au début du jeu, car streetpasser d’autres joueurs fait apparaître des villageois : en assignant ce villageois fraîchement obtenu à une boutique dédiée à une spécialité (armes, items, attaques spéciales…), on peut augmenter le niveau de ces dernières et débloquer de nouveaux objets qu’il sera ensuite possible d’acheter. Le village se reconstruit de toutes façons assez vite : il faut un certain nombre d’heures en temps réel pour augmenter le niveau d’une boutique (de 1 heure à… 99 heures), mais étant donné que les heures continuent de passer lorsqu’on laisse sa 3DS en veille et que plus on assigne de villageois à une boutique plus le temps demandé diminue, on peut donc tout débloquer à 100 % dès les premiers chapitres du jeu. Dommage toutefois que les amis enregistrés sur sa console ne soient pas comptabilisés et que cela ne marche qu’avec les personnes que l’on aura streetpassées.

邪悪なる戦い ~ Wicked Battle

Coté musical, j’ai été très agréablement surprise : j’ai vraiment beaucoup aimé la bande-son, qui est pour moi l’un des aspects importants d’un RPG. La bande-son de Bravely Default, qui fait assez « RPG des années 90 », m’aura rappelée l’époque de la Super Nintendo lorsque je jouais à Final Fantasy VI et que je laissais mes personnages quelques minutes sur la carte du monde ou encore dans un donjon rien que pour en écouter la musique. L’OST a été par ailleurs composée par Revo, le leader du groupe Sound Horizon, qui a pour l’occasion formé un nouveau groupe, Linked Horizon. Il a fait là du très bon boulot même si je trouve que certains thèmes rappellent d’autres compositeurs, notamment Itou Kenji, Sakimoto, Sakuraba et Mitsuda (mais je ne vais pas m’en plaindre). L’ensemble est tout de même assez varié et j’ai eu un faible pour les différents thèmes de combats et surtout le thème du boss final, qui me rappelle un peu le « Dancing Mad » de Final Fantasy VI.

Bravely Default Flying Fairy

Globalement, Bravely default : Flying Fairy restera pour moi une très bonne surprise et un RPG extrêmement agréable à jouer, même si je lui reproche principalement sa répétitivité et ses chapitres que l’on doit recommencer plusieurs fois pour obtenir la véritable fin, et pour le côté pratique je trouve dommage qu’il n’y ait qu’un seul et unique fichier de sauvegarde.

Je retiendrai surtout son histoire avec ses rebondissements bien trouvés, ses personnages attachants (notamment Edea et Ringabell) y compris au niveau des antagonistes, son incroyable bande-son qui fait plaisir aux oreilles, son système de job extrêmement addictif, et même son donjon bonus assez costaud pour ceux qui veulent prolonger l’expérience. C’est le genre de RPG qui me fait dire que Square Enix devrait se contenter de ne sortir des RPG que sur console portable, car je trouve toujours leurs productions récentes sur ces supports bien plus intéressantes que celles sur consoles de salon.

Il ne reste plus qu’à prier pour une localisation et une sortie en Occident, même si Bravely Default a quand même ses chances, bien plus que Final Fantasy Type 0 sur PSP, l’autre titre de Square Enix resté bloqué au Japon. Et en attendant, une suite est déjà prévue au Japon…

Bravely Default Flying Fairy

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Fanart : 風李たゆ

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neokenji
neokenji

« Le gros défaut de Bravely Default, mentionné dans quasiment toutes les critiques » – > Sauf chez GK. 9/10, vraiment ? www

Exelen

neokenji > ils ne l’ont même pas mentionné dans leur test en vidéo ? (je ne l’ai pas regardé)
Mais c’est vrai que le fait que Greg ne mentionne pas ça dans la version écrite de son test m’avait un peu choquée :o

neokenji
neokenji

Exelen > Ouais, c’est assez surprenant. Surtout qu’il est assez difficile de se faire un avis définitif sur le jeu sans parler de ces loops de l’enfer (même si ça ne remet pas totalement en cause les qualités du jeu mentionnés plus haut ~). D’ailleurs, ça me rappelle un peu le test de FFXII sur GK où t’avais l’impression que Greg n’avait pas fini le jeu.

Bon, plus qu’à aller voir ce que vaut leur browser game, tiens :p

Exelen

neokenji > le browser game ? Il est franchement pas terrible… J’ai tenu une semaine, alors bon courage >_>

Flikvictor

Cette répétition inutile me rappelle un peu le temple du temps dans Zelda: Phantom Hourglass où il fallait se retaper le donjon depuis le début à chaque fois (au lieu de faire un raccourci pour aller aux nouveaux levels).
J’aime pas trop ce concept répétitif juste pour prolonger la durée de vie pour rien.
Legendra en fait aussi mention dans son test en dénonçant « un choix de gameplay discutable passé les 2 tiers du jeu »… Bizarre que GK soit passé à coté de ça, à moins qu’ils aiment ce principe.

trackback

[…] gros RPG de la console est Bravely Default : Flying Fairy et son plot twist plutôt controversé qui ne plaira pas à tout le monde ; un RPG faussement à […]