[PS VITA] Time Travelers

À l’occasion de la sortie de 428: Shibuya Scramble en Occident, j’ai eu envie de revenir sur un jeu de Level-5 au principe similaire et derrière lequel on retrouve les mêmes scénaristes, Jirō Ishii et Yukinori Kitajima : Time Travelers. Ayant déjà joué à ce dernier il y a quelques années sur PSP, j’ai décidé de m’y replonger avec cette fois-ci la version Vita, qui ne propose pas de grosses différences par rapport aux versions 3DS et PSP (toutes sorties durant l’été 2012, au Japon uniquement).

Se déroulant dans le même univers que Machi (dont j’ai déjà parlé ici) et 428, Time Travelers débute également une vingtaine d’années après les événements de ce dernier. On peut retrouver quelques références disséminées par-ci par-là, notamment à travers la présence de la mascotte Tama, mais le plus amusant est que ces trois jeux commencent exactement de la même manière et au même endroit : au célèbre carrefour de Shibuya, avec un détective qui se retrouve mêlé à un incident plus ou moins important ! 

 

La Traversée du temps

L’histoire de Time Travelers débute le 28 avril 2031, 18 ans après l’apparition d’un mystérieux trou gigantesque dans le ciel, au-dessus de Tokyo. Surnommé « Lost Hole », ce trou a également causé une violente explosion qui a coûté la vie à de nombreuses personnes. La ville a depuis été entièrement reconstruite, mais une nouvelle menace semble se profiler avec l’arrivée d’un groupe de terroristes qui souhaite détruire Tokyo. Et, au passage, faire exploser « l’ascenseur spatial », un bâtiment de 2 000 mètres de haut érigé non loin de là depuis l’événement du Lost Hole et qui alimente la ville en énergie, même si les habitants ignorent d’où vient l’énergie en question. 

Time Travelers donne l’occasion au joueur d’incarner cinq personnages différents et de suivre leur histoire respective, qui se déroule sur une seule journée. Ils n’ont au départ rien en commun et des motivations bien différentes, mais ils seront tous réunis par la force des choses, leur destin étant lié à cette menace terroriste qui plane sur Tokyo :

  • Sōma Kamiya (神谷 壮馬), un policier dont la femme et le fils ont été pris en otage par un mystérieux ravisseur. Obligé de suivre les ordres de ce dernier, il va parcourir tout Shibuya dans le but de les sauver. Il est également surnommé « l’immortel » car il ressort étrangement toujours indemne des situations les plus dangereuses.
  • Hina Fushimi (伏見 雛), une jeune femme travaillant pour une chaîne de télévision et qui apparaît dans de nombreuses émissions de variétés aux jeux tous plus stupides les uns que les autres. Son rêve est de devenir journaliste et de réaliser le dernier souhait de son père, ce dernier lui ayant demandé avant de mourir de découvrir et révéler la vérité sur le « Lost Hole ».
  • Yūri Fukase (深瀬 有理), un lycéen modèle et sans histoire intéressé par la science. Il se laisse facilement mener par le bout du nez par Mikoto, sa camarade de classe et amie d’enfance.
  • Kyūgo Shindō (新道 究悟), un scientifique qui se qualifie lui-même de génie et tient absolument à ce qu’on l’appelle « professeur ». Il doit rembourser assez rapidement plusieurs millions de yens empruntés à un investisseur pour financer ses recherches, sans quoi sa fille Mikoto risque de perdre la vie. Il affirme également « connaître le futur ». 
  • Ressentiment (ルサンチ☆マン), de son vrai nom Kakeru Inuyama, est un trentenaire sans emploi qui passe son temps à jouer les justiciers alors qu’il est plutôt peureux et ne sait pas se battre. Le jour où ses parents arrêtent de lui verser de l’argent sur son compte bancaire et que sa petite amie décide de le quitter, il va essayer de trouver un travail… mais l’envie de jouer les super-héros va être la plus forte.

Mon personnage préféré est Kyūgo, une sorte de Rintarō Okabe dont l’histoire possède de nombreux passages bourrés d’humour (y compris au niveau des « Bad End »). En revanche, lorsque j’avais fait le jeu la toute première fois, je n’avais pas spécialement aimé le personnage de Ressentiment, assez lourd et pénible ; c’est un petit peu mieux passé cette fois-ci, mais son histoire est clairement celle que j’ai la moins aimée à cause de son côté un peu trop rocambolesque et ses rebondissements assez ridicules. 

Ces cinq personnages sont également tous liés à la mystérieuse Mikoto, véritable héroïne de l’histoire : elle apparaît en même temps dans la route de tous les personnages, mais avec à chaque fois un rôle différent. Tout au long du jeu, la même question reviendra sans cesse : qui est-elle réellement et quel est son but ?

 

Back to the Future

Difficile de réellement classer Time Traveler dans une catégorie : jeu d’aventure ? Visual Novel ? Sound Novel comme ses prédécesseurs Machi et 428 ? La différence avec des deux derniers se situe toutefois dans la manière dont l’histoire est narrée : Machi et 428 proposent principalement une aventure à base d’images fixes avec de véritables acteurs et du texte superposé par-dessus, le tout sans doublage et avec quelques rares courtes séquences vidéo. Time Travelers est quant à lui entièrement animé et doublé du début jusqu’à la fin, ce qui donne donc plutôt l’impression de regarder une grosse cinématique d’une douzaine d’heures. Du coup, on s’éloigne un peu du visual novel pur et dur : nous sommes finalement ici bien plus proches du film interactif

Time Travelers propose également un gameplay utilisant un système similaire à celui de ses prédécesseurs. Se déroulant sur une seule journée, de 14 heures à 20 heures, le jeu fait avancer en parallèle le scénario de chacun de nos cinq personnages, le but étant de faire à chaque fois progresser tout le monde jusqu’à l’heure suivante. La « route » de chacun d’entre eux possède plusieurs choix qui pourront soit faire avancer l’intrigue, soit mener à l’une des mauvaises fins, qui sont ici très nombreuses.

Le jeu suit le principe de l’effet papillon, la moindre petite action de la part d’un personnage pouvant affecter la route d’un autre personnage et le mener à une mauvaise fin (ou bien le sauver). Il n’y a toutefois pas de game over ici, et chaque mauvais choix est indiqué par un « Time Stop » qui va rembobiner automatiquement l’action juste avant le moment fatidique, avec au passage un indice (optionnel) permettant de savoir ce qu’il faut faire pour éviter de répéter la même erreur. Il n’y a rien de vraiment complexe et les actions qui conduisent à de mauvaises fins sont plutôt évidentes : contrairement à Machi et 428, Time Travelers a été ultra simplifié. Et c’est bien dommage.

Cette simplification du gameplay se retrouve tout au long du jeu : passer d’un personnage à l’autre est quasiment automatique, et l’interactivité se limite au choix de la bonne réponse ou action. Il y a bien quelques passages avec des QTE, mais ces derniers sont eux aussi très simples.

Les TIPS, ces termes qui expliquent certains aspects propres à l’univers du jeu ou liés à la culture populaire, sont eux aussi de la partie. Si dans Machi et 428 quelques-uns de ces TIPS permettaient également de rejoindre la timeline d’un autre personnage à un point bien précis, il n’y a rien de tout cela ici : tout est très linéaire et le joueur est quasiment sur des rails. À titre de comparaison, la démo de 428: Shibuya Scramble est infiniment plus complexe que ce que propose Time Travelers !

Il n’est donc pas vraiment possible ici de « zapper » à volonté entre chaque personnage, sauf dans la toute dernière partie du jeu, qui offre enfin une plus grande liberté au joueur. C’est d’ailleurs à ce moment-là que le gameplay se complexifie un peu plus, chaque route se transformant en un véritable puzzle narratif qui demandera de jongler entre chaque personnage à des moments bien précis. Il est vraiment dommage que le reste du jeu ne propose rien de similaire, et je me demande même si ce Time Travelers ne viserait pas plutôt un public assez jeune, ce qui expliquerait la présence dans le texte de furigana (ces petits caractères affichés au-dessus des kanji permettant d’indiquer leur prononciation), chose extrêmement rare sur Vita. 

Je me suis tout de même amusée à faire la totalité des mauvaises fins, qui sont loin d’être inutiles : certaines sont assez drôles tandis que d’autres apportent quelques éclaircissements sur des éléments du scénario.

 

À la recherche du temps perdu

Le gros point fort de Time Travelers est que tout s’enchaîne rapidement : on ne s’ennuie (presque) jamais. J’avais lu des avis de joueurs déçus de la faible durée du jeu (entre 11 et 12 heures), et pourtant ici le scénario va droit à l’essentiel : il n’y a aucun temps mort et on évite donc certaines longueurs inutiles. Je me demande tout de même si l’intrigue devait être différente au départ étant donné que le trailer original de 2010 propose des scènes qui n’apparaissent pas dans la version finale du jeu. 

Quant au thème du voyage dans le temps, il est surtout mis en avant dans la seconde moitié du jeu, avec une toute dernière partie réellement passionnante à suivre. On pourra tout de même regretter certains passages très mièvres, surtout vu le côté plutôt sérieux de l’histoire, et qui frisent parfois le ridicule. Le jeu en lui-même est également une lettre d’amour aux films de science-fiction des années 80/90, avec de nombreuses références à Retour vers le futur (évidemment), mais aussi Alien ou encore Terminator. Le petit truc qui m’aura tout de même fait sourire, c’est de voir qu’en 2031, tout le monde utilise encore des téléphones à clapet. :’)

Techniquement, Time Travelers n’a pas trop mal vieilli, que ce soit en terme d’animation ou encore au niveau de la modélisation des personnages, même si le résultat est loin d’être extraordinaire et que la version Vita aurait pu être bien plus soignée à ce niveau-là : on sent qu’il s’agit d’un portage de la version PSP. On pourra également noter quelques petits clins d’œil amusants à Danganronpa avec des Monokuma cachés dans les décors ; de son côté, Danganronpa 2 sur PSP propose une affiche de cinéma qui fait référence à Time Travelers, mais qui a été remplacée par une affiche d’Ultra Despair Girls dans la version Vita. 

La bande-son a quant à elle été composée par Hideki Sakamoto. Ce dernier a travaillé sur celles de 428 et Echochrome, ainsi que sur quelques épisodes de la série des Yakuza : nous avons droit à des thèmes assez jolis et mélancoliques comme The Truth of the World (une version piano du thème de fin) ou encore Harbinger of Sorrow. Personnellement, mon thème préféré de tout le jeu est An Honest Heart, suivi du thème principal.

Ce que je retiens surtout de cette bande-son, ce sont ses nombreux thèmes chantés dédiés aux personnages princnipaux. Certaines chansons sont très kitsch : The Door into Summer est probablement celle qui m’a le plus traumatisée marquée après toutes ces années, aux côtés du fabuleux Time After Time. On peut tout de même trouver quelques thèmes assez sympas comme la version piano de Mirai no Uta ni Nose, le volontairement rétro Hero Behind the Mask ou encore Dr. Schrödinger, Tell me Please?, interprété par Nagi Yanagi.

 

Love Minus

Une fois l’aventure principale terminée, le jeu débloque une sorte de « New Game Plus » permettant de recharger sa sauvegarde et de découvrir de nouveaux TIPS. Ces derniers apparaissent cette fois-ci en rose dans le texte et proposent essentiellement des commentaires de Jirō Ishii sur certains aspects du jeu (des explications sur divers points du scénario, des références à d’autres œuvres, etc.).

L’autre mode disponible uniquement après les crédits de fin est le TT Phone. Véritable jeu à part entière, il s’agit en fait d’un mode qui permet de communiquer directement avec Mikoto. Il y a même un scénario, qui n’a toutefois rien à voir avec l’intrigue du jeu principal : le joueur trouve une carte mémoire qui lui permet de communiquer avec Mikoto, qui vit en 2002. Le jeu utilisant la date réelle de sa console, le but est de découvrir pourquoi le joueur peut malgré tout entrer en contact avec elle alors que plusieurs années les séparent.

Ce mode TT PHone est en fait d’une sorte de Love Plus du pauvre avec la possibilité de draguer Mikoto, la personnaliser indirectement (changer sa coupe de cheveux et sa couleur, ses goûts vestimentaires…) mais aussi de sortir avec elle. Il y a également quelques événements cachés disponibles à des dates bien précises (Noël, le festival de Tanabata…), et ce mode utilise même le gyroscope de la console ! 

Inutile de préciser que cela casse un peu l’image que l’on se fait du personnage durant l’aventure principale, même si Mikoto fait de nombreuses remarques intéressantes par rapport à certaines anecdotes et autres faits divers en rapport avec les voyages dans le temps. Ce mode de jeu reste tout de même assez pénible : il est par exemple impossible d’accélérer les dialogues de Mikoto (il lui arrive de répéter les mêmes choses en boucle), et on ne peut communiquer avec elle qu’une seule fois toutes les 45 minutes. Il y a toujours la possibilité d’utiliser l’option « skip », qui permet d’accélérer la journée de Mikoto par tranche de quatre heures, mais malheureusement le jeu est en temps réel : la date actuelle de la console ne doit pas dépasser de 48 heures celle de Mikoto. Si c’est le cas, l’option « skip » devient alors inaccessible.

Il est heureusement possible de « tricher » en changeant directement la date dans les paramètres de sa Vita, mais il faut faire très attention : rentrer une date supérieure de 10 jours à celle de Mikoto dans le jeu donne une « erreur temporelle », suivie d’un e-mail d’adieu de cette dernière… Le joueur se retrouve alors forcé d’effacer sa progression et de tout recommencer depuis le début : ça ne donne pas forcément envie sachant que, comme dit plus haut, il est impossible d’accélérer les dialogues, y compris ceux déjà lus. 

Il s’agit donc d’un mode totalement optionnel et largement dispensable, à moins d’être vraiment très fan de Miyuki Sawashiro (la doubleuse de Mikoto) ou d’avoir envie de collectionner tous les trophées du jeu.

Time Travelers

EN BREF

Six ans après y avoir joué pour la première fois, mon avis n’a pas tellement évolué : Time Travelers est un titre sympathique, mais loin d’être incontournable. Il est toutefois très facile de rentrer dans l’histoire et de se laisser porter par le scénario : c’est un peu comme suivre un feuilleton sans aucun temps mort avec en prime un final plutôt émouvant, même s’il ne faut pas non plus s’attendre à un jeu aussi intense que Steins;Gate. Relativement courte, l’intrigue principale a le bon goût de ne pas s’étaler inutilement en longueur, et en voir le bout demandera une douzaine d’heures environ. J’ai de mon côté cette fois-ci mis 16 heures pour arriver jusqu’à la fin, mais c’est en ayant obtenu l’intégralité des 69 mauvaises fins ainsi que tous les TIPS de l’histoire principale.

À noter que Time Travelers a fait un véritable four au Japon à sa sortie (moins de 9 000 ventes sur 3DS, Vita et PSP), ce qui est réellement dommage car malgré ses défauts il est vraiment loin d’être mauvais, bien au contraire. Pour finir, on peut regretter l’absence d’artbook reprenant les illustrations originales de Nao Ikeda, les modèles 3D des personnages ne faisant pas vraiment honneur à son trait.

Mention spéciale, au passage, au thème de fin « The Final Time Traveler », magnifiquement interprété par Sarah Àlainn. On lui doit également Beyond the Sky, le thème de fin de Xenoblade Chronicles, ainsi que A World Without Tears (le thème principal de Chaos Rings Ω).

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