Sorti au Japon en 2017 à la fois sur PS4 et PS Vita, Exile Election est un visual novel que l’on doit à Nippon Ichi Software et Regista. Ce sont surtout ses illustrations très colorées qui m’ont donné envie d’y jouer, parce que de loin, on a quand même l’impression de voir un énième clone de Danganronpa : un groupe de personnes enfermées dans un endroit mystérieux, une mascotte un brin sadique, un système d’élections qui rappelle les procès de ce dernier… Heureusement, ce visual novel propose quelque chose d’assez différent avec un scénario tout aussi intrigant.

L’histoire commence dans un parc d’attractions désert : 12 personnes sont enfermées à l’intérieur, sans savoir comment elles sont arrivées là. Une intelligence artificielle nommée Alice, représentée par un robot en forme de lapin, leur annonce sans ménagement que l’humanité a été décimée par un virus et qu’ils sont les derniers survivants. Le groupe a à peine de le temps de se remettre de sa surprise qu’Alice continue en déclarant que de nombreux monstres effrayants peuplent l’extérieur du parc, qui est là pour les maintenir en sécurité et les protéger.

Il y a tout de même un léger problème : les stocks de nourriture sont limités. Alice décide donc d’organiser des « élections » afin de réduire le nombre de personnes à deux, dans une limite de 30 jours. Il n’est pas question de s’entre-tuer ici, les actes de violence étant interdits, mais les personnages vont être contraints de participer à ces élections : régulièrement, deux candidats sont choisis aléatoirement pour être soumis au vote des autres personnages. Et la personne malheureusement élue finit exilée à l’extérieur du parc d’attractions, à la merci des monstres.

Exile Election - CG

Mensonges et manipulations

Exile Election, c’est avant tout une histoire de vengeance. Dès le départ, le personnage principal, Kaname, va perdre sa petite sœur en partie à cause des autres personnages suite à une invasion de monstres dans le parc. Et il est bien décidé à le leur faire payer. Il a toutefois un gros avantage puisqu’il est synesthète, c’est-à-dire que pour lui, les sons peuvent être associés à des couleurs. Ceci lui permet notamment de discerner les mensonges, et quand une personne lui ment, le texte s’affiche en rouge à l’écran.

Kaname est très différent des héros habituels étant donné qu’il ne cherchera jamais à sauver tout le monde, bien au contraire. Manipulateur et calculateur, ni bon ni réellement mauvais, il va surtout chercher à exploiter les faiblesses des autres personnages pour mener à bien son but : se venger et protéger ceux qui sont proches de lui. En parallèle à cela, il va essayer de trouver la réponse à bon nombre de questions que l’on pourrait se poser : l’humanité a-t-elle réellement disparu ? D’où viennent ces monstres ? Quel est le véritable but d’Alice ? Et surtout, pourquoi ont-ils tous perdu une partie de leur mémoire ?

Alice va cependant très vite découvrir la capacité de Kaname à discerner les mensonges, et elle tournera chacune de ses phrases de manière à ce qu’il soit difficile de démêler le vrai du faux. En plus de son « pouvoir », Kaname a également l’avantage d’avoir retrouvé des fragments de sa mémoire suite à un certain événement au tout début du jeu. Décidé à ne pas les perdre une nouvelle fois, Kaname et Alice vont trouver un accord, cette dernière souhaitant mener à terme son « jeu » sans incident. Elle lui promet donc de ne plus jamais effacer sa mémoire, mais en échange il se retrouve avec un handicap : à chaque élection, Kaname sera obligatoirement l’un des deux candidats ; il pourra toutefois choisir à chaque fois son adversaire.

 

Les personnages

En dehors du héros, les autres personnages sont tout de même assez particuliers et souvent loin d’être aussi innocents qu’ils n’en ont l’air. Chacun d’entre eux cache un secret plus ou moins lourd, qui sera révélé au fil du jeu.

  • Groupe A : Kaname, Ichika et Noori

Kaname Ichijou est le protagoniste. Capable de discerner les mensonges, son but est de venger la mort de sa sœur en exilant les autres candidats, sauf Ichika et Noori. Il ne se sépare jamais de ses écouteurs, qui lui permettent d’atténuer son pouvoir de synesthésie.

Ichika Houshi est l’amie d’enfance de Kaname. Autrefois sauvée par ce dernier, elle lui est entièrement dévouée. Elle possède un côté yandere et se promène en permanence avec une énorme chaîne métallique accrochée à son cou, liée à un certain événement durant son enfance.

Noori est une mystérieuse petite fille peu bavarde et toujours seule, que Kaname et Ichika vont à tout prix chercher à protéger. Elle est amnésique.

  • Groupe B : Miori, Yuuri et Michimune

Miori Himeno adore dessiner et créer en secret des mangas à tendance boy’s love. De nature pacifique, elle veut éviter le moindre conflit et est absolument contre le système d’élections. Elle va tenter de percer les secrets du parc d’attractions et surtout de trouver une sortie, aux côtés de Yuuri et Michimune.

Yuuri Himeno est le petit frère de Miori. D’apparence frêle, il est amoureux de Michimune, son meilleur ami, mais n’ose pas avouer ses sentiments.

Michimune Isurugi est le sportif du groupe et l’ami de Yuuri et Miori. Il est amoureux de Miori, la sœur de Yuuri, mais il ignore complètement les sentiments de ce dernier à son égard.

  • Groupe C : Aasha, Kaasha et Hakushuu

Aasha et Kaasha Tadenomiya sont deux sœurs jumelles nippo-russes. Elles vouent toutes les deux une véritable obsession à Hakushuu, leur tuteur, ce qui a créé une rivalité assez forte entre elles.

Hakushuu Isumi est un jeune homme d’une vingtaine d’années qui a autrefois enseigné le japonais à Aasha et Kaasha quand elles sont arrivées au Japon. Une étrange relation existe entre ces trois personnages, mais Hakushuu semble lui aussi obnubilé par la vengeance. De santé fragile, il porte en permanence un flacon avec un médicament autour du cou.

  • Groupe D : Izuki, Shihori et Issei

Izuki Ayara est un peu le « dur » du groupe. Autrefois trahi par quelqu’un de proche, il ne fait plus confiance en personne. Étant donné sa nature solitaire, Kaname va essayer de le convaincre d’espionner pour lui les autres personnes.

Shihori Yurizono est une jeune femme mystérieuse et peu bavarde. Elle se fiche complètement du système d’élections et se moque totalement de perdre la vie. Elle a une vue assez mauvaise, mais elle évite de porter ses lunettes pour une certaine raison.

Issei Ninchouji est un chef cuisinier. Il cherche lui aussi à comprendre ce qu’il se passe et est probablement le personnage le plus difficile à cerner, d’autant plus qu’il semble se douter de la capacité de Kaname à détecter les mensonges. Il est obsédé par la nourriture et souhaiterait capturer un monstre afin de découvrir quel goût ils ont.

 

Les élections

Le système d’élections est probablement l’élément qui rappelle le plus Danganronpa : c’est un peu similaire aux procès de ce dernier, avec un soupçon de Ace Attorney. La différence ici est que les personnages participent de manière anonyme dans une sorte de salle de chat virtuelle, tous représentés par un avatar lié à l’un des douze animaux du zodiaque chinois (les animaux changent à chaque élection).

Les élections se présentent sous forme de débat : Alice propose un thème donné, et le groupe doit débattre dessus. Seules deux personnes se retrouvent face à face : Kaname, qui pour des raisons expliquées plus haut se retrouve à chaque fois dans le rôle de l’un des candidats, et un autre personnage qui a été sélectionné au préalable par ce dernier (ou plutôt par le joueur).

Exile Election - élection

Les élections demandent un minimum d’attention : le texte avance tout seul et il s’agit du seul passage du jeu où sauvegarder est impossible. Il faudra ici retenir (ou non) temporairement certaines phrases prononcées par l’adversaire pour pouvoir les utiliser plus tard contre lui, le nombre d’erreurs étant limité. Le tout se déroule en trois phases, avec au terme de chacune d’entre elles le nombre de personnages d’accord ou non avec le héros. Le but est de convaincre la majorité de se rallier à notre avis à la fin de la troisième phase, sous peine de se retrouver soi-même exilé et obtenir un game over.

Pour être franche, le système d’élections, censé être original, est la partie la moins réussie du jeu. Non seulement les thèmes sur lesquels il faut débattre n’ont rien à voir avec l’intrigue en elle-même (« êtes-vous pour ou contre un monde où il serait possible de connaître à l’avance sa longévité ? » ou encore « l’humanité trouve un jour le moyen de vivre éternellement, est-ce une bonne chose ou non ? »), mais en plus ces débats auraient pu être un peu plus passionnants. Et même une fois éliminés, les personnages sont tous présents lors de ces derniers : Alice explique qu’elle utilise les données récoltées sur chaque personne exilée pour tenter de simuler leur mode de pensée.

À la fin de chaque élection, la mémoire des personnages est altérée (sauf celle de Kaname, ce qui fait là aussi partie de son accord avec Alice) et tout souvenir concernant la personne exilée est effacé : cette personne était-elle quelqu’un de proche ou non ? De nombreux doutes vont un peu troubler la plupart des personnages, et il est intéressant de voir les changements (ou non) au niveau de la personnalité de certains d’entre eux. Une fois de plus, Alice explique qu’elle a décidé d’effacer ces souvenirs afin de mener à bien les différentes élections en évitant tout problème psychologique et autres traumatismes.

On peut se douter qu’il s’agit avant tout d’une solution de facilité de la part des scénaristes afin d’éviter d’avoir un scénario aux embranchements un peu trop nombreux, la particularité de ce visual novel étant ses multiples possibilités et son énorme rejouabilité.

Exile Election - monstre
L’exil de chacun des personnages est représenté sous forme de théâtre de marionnettes

Memento Mori

Dans Exile Election, il y a un côté un peu sadique car il est tout à fait possible d’éliminer chacun des personnages dans l’ordre qu’on souhaite : ce sera à nous de décider du déroulement du jeu en choisissant la personne à exiler à chaque fois. Les possibilités sont nombreuses, et des passages entiers peuvent même être complètement différents suivant l’ordre des personnes exilées.

Par exemple, on peut facilement deviner que l’un des personnages ne veut pas que du bien à Kaname et cherchera indirectement à lui faire avouer qu’il est capable de remarquer si quelqu’un dit la vérité ou non, car il se doute de quelque chose : en le laissant en vie jusqu’à la fin, une ambiance assez tendue va se développer entre eux tout le long du jeu. Si on décide d’exiler cette personne dès le début, tout ceci n’existera donc pas.

Cette liberté a tout de même ses limites étant donné que les personnages sont tous représentés par plusieurs groupes de trois : si on décide par exemple de choisir pour la prochaine élection un personnage du groupe B, il faudra obligatoirement éliminer lors des prochaines élections les deux autres personnes de ce même groupe B. C’est très probablement pour limiter les possibilités et donc le nombre de dialogues possibles, déjà nombreux : en terminant le jeu une première fois, je n’avais découvert que 49 % de dialogues, vu 18 % des choix possibles et de nombreuses CG manquaient dans ma liste (des statistiques assez détaillées sont disponibles dans le menu principal !).

Comme dans bon nombre de visual novels, terminer une première fois sa partie permet également de débloquer la True Ending. Cette « route » propose un scénario nettement plus satisfaisant avec des rebondissements plus ou moins tirés par les cheveux, beaucoup de mindfuck et un final assez particulier qui ne plaira certainement pas à tout le monde, mais qui a au moins le mérite de répondre à toutes les questions que l’on pourrait se poser.

Exile Election - CG

C’est aussi un jeu qui a reçu un accueil mitigé au Japon. Extrêmement verbeux, il s’agit d’un visual novel pur et dur qui demande un minimum de s’intéresser à son univers et ses personnages, d’autant plus que ces derniers ne sont pas forcément tous très développés, en dehors du héros : les explications à propos du passé des différents personnages se retrouvent principalement sous forme de très longs textes à lire disponibles dans une base de données ; dommage de ne pas avoir ajouté cela sous forme de dialogues intégrés directement dans le récit.

De mon côté, c’est vraiment l’ambiance et le scénario intrigant qui m’ont fait accrocher à ce jeu, et je regrette même qu’il ne soit pas plus long : il faut à peine un peu plus d’une quinzaine d’heures pour obtenir ses deux fins. La capacité du héros à voir les mensonges est également l’un des éléments les plus intéressants, et il est toujours amusant de lire des conversations d’apparence anodine où certains personnages mentent sur des sujets sans réelle importance, ce qui donne quand même par moment un gros sentiment de malaise.

Son seul élément de gameplay, les élections, est quant à lui tellement anecdotique que les retirer n’aurait pas changé grand-chose. Il est même possible de les sauter entièrement après avoir fini le jeu une première fois, ce qui est très appréciable, surtout pour les personnes qui souhaitent le recommencer plusieurs fois afin de voir toutes les possibilités. Exile Election compense toutefois avec son principe novateur, sa rejouabilité et son protagoniste qui sort un minimum des sentiers battus ; il se démarque également par ses illustrations, avec un style peut-être pas très original en lui-même mais aux couleurs qui leur donnent un certain cachet, et que l’on doit à Namanie (seule Alice a été créée par Takehito Harada, le character designer de la série des Disgaea, entre autres).

Malgré ses défauts, Exile Election a été pour ma part une bonne surprise : je m’attendais à un simple mélange entre Danganronpa et d’autres titres comme Virtue’s Last Reward, mais j’ai eu droit à un visual novel assez différent qui mêle à la fois synesthésie et réflexions sur le comportement humain (« est-ce qu’une personne reste la même si on efface sa mémoire ? »), le tout avec un scénario mystérieux et des personnages un peu tordus. Sans être extrêmement original, ses nombreuses possibilités et dialogues différents restent assez impressionnants pour ce titre de niche, qui n’est pour le moment jamais sorti en Occident.

Exile Election - Alice

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