La sortie d’Astral Chain en 2019 m’avait rappelé l’existence d’un autre jeu vidéo au character design que l’on doit lui aussi au mangaka Masakazu Katsura : Love & Destroy, un jeu d’action mêlant mecha et romance qui était sorti uniquement au Japon sur la première PlayStation, en décembre 1999.

Love & Destroy n’est pourtant pas la première incursion de Masakazu Katsura dans l’univers du jeu vidéo. En dehors des adaptations de certaines de ses œuvres comme Wingman ou encore I’s, sans oublier le jeu d’action basé sur les OAV d’Iria Zeiram pour lesquelles il avait signé là aussi le chara design, on pouvait déjà le retrouver derrière le méconnu Virtual Girl Lun à la conception des personnages. Sorti le 14 février 1999 sur Windows 95 et 98, ce dernier est une dating sim basée très librement sur Video Girl Ai mais avec de nouveaux personnages et un univers vaguement différent (ici, les Video Girls ne sortent pas d’une cassette vidéo mais d’un CD-ROM), même si on y retrouve quelques visages bien connus du manga original.

Virtual Girl Lun
Virtual Girl Lun (Windows 95/98) – Dengeki G’s Magazine, février 1999

Revenons à Love & Destroy, une véritable petite curiosité qui mélange tout ce qui marchait bien à la fin des années 90 : dans ce jeu, une forme de vie sortie de nulle part surnommée GERM fait sa soudaine apparition au Japon. Trois intelligences artificielles à l’apparence humaine, les Q-TRON, débarquent du futur pour empêcher la prolifération des GERM : ViVi, LuLu et KiKi. À leur époque, c’est-à-dire une cinquantaine d’années après les événements du jeu, l’humanité a presque été entièrement décimée par ces créatures qui sont en fait nées des émotions négatives et se nourrissent du stress.

On incarne ici un lycéen japonais, choisi pour sa compatibilité avec les Q-TRON, qui va se retrouver à piloter un robot géant malgré lui. Ces mecha, au nombre de trois, sont équipés d’une technologie très efficace contre les GERM : le système S.E.E.D. (« Synchronized Energy of Emotive Dynamics »), qui correspond à l’énergie des émotions positives. Son fonctionnement dépend de la connexion entre le Q-TRON et son pilote, notamment au niveau des sentiments et de leur lien émotionnel, et une fois « connectés » ils peuvent même ressentir les pensées et le cœur de l’autre.

Le jeu, co-développé par Inti Creates (Mega Man Zero, Azure Striker Gunvolt, Gal*Gun…) et Arc Entertainment (une division de Sony Interactive Entertainment), possède également de nombreuses séquences animées que l’on doit au studio Production I.G.

Love & Destroy est en grande partie un jeu d’action en vue à la troisième personne, divisé en plusieurs missions : ces dernières possèdent une durée limitée de cinq minutes durant lesquelles il faudra éliminer un ou plusieurs boss. Il peut être assez difficile à prendre en main au départ (et il vaut mieux utiliser une manette analogique !), d’autant plus qu’il n’y a pas de système de verrouillage automatique.

Chacun des trois mecha disponibles possède ses propres armes et correspond à une Q-TRON différente. Ils sont aussi plus ou moins puissants face à certains types d’ennemis : pas d’inquiétude à ce niveau-là, avant chaque mission le jeu précisera clairement quelle Q-TRON il vaut mieux utiliser contre le prochain adversaire. Le mecha de ViVi est ainsi le plus rapide mais le plus faible des trois, avec des attaques majoritairement au corps à corps ; celui de LuLu est à l’opposé : lent mais puissant, avec des attaques de longue portée ; quant au mecha de KiKi, c’est le plus équilibré et il utilise des attaques de moyenne portée.

Chaque mission réussie apporte un certain nombre de points d’expérience, qui permettent de gagner en niveau et donc de rendre les attaques de son robot plus puissantes. En revanche, on peut perdre la plupart des missions sans obtenir de game over (que ce soit en ayant vidé toute sa jauge de santé ou bien en ayant laissé la limite de temps s’écouler) : le jeu continue, mais on ne gagne pas de points d’expérience. En gros, plus on joue mal, plus le jeu devient difficile, ce qui peut vite devenir handicapant quand on débute à peine. Il vaut donc mieux recommencer la mission plutôt que de continuer pour éviter de se retrouver face à un mur insurmontable plus tard.

Il faut aussi préciser que Love & Destroy est un jeu extrêmement court. Il peut se terminer en une petite heure, voire une trentaine de minutes une fois que l’on a compris son principe et maîtrisé son gameplay. D’un côté, c’est quand même un peu frustrant d’avoir un jeu si court car la partie mecha n’est pas mal du tout ; elle est même techniquement impressionnante pour un jeu PSone, les missions prenant place dans une ville en 3D où le moindre élément de décor peut être détruit. D’un autre côté, sa faible durée de vie permet d’y rejouer plus facilement pour obtenir toutes les cinématiques et autres fins liées à nos trois héroïnes.

Et c’est là qu’intervient tout ce qui touche à la romance, la particularité de Love & Destroy étant de proposer des éléments de « jeu de drague » assez importants, où notre héros pourra améliorer sa relation avec l’une des trois Q-TRON :

ViVi

ViVi, la tsundere du groupe qui déteste perdre. Elle est le second modèle de Q-TRON. Vous aimez les personnages qui s’énervent pour un rien et passent leur temps à tabasser le protagoniste en le traitant de pervers parce qu’il a eu le malheur de trébucher sur elle ? Moi non, donc ça ne m’a pas vraiment aidée à l’apprécier.

LuLu

LuLu est la plus calme du groupe et la plus âgée. C’est aussi le tout premier modèle de Q-TRON et donc celle qui a le plus d’expérience en combat. Elle a toutefois été très marquée par la mort de son premier pilote dans le futur. Pour une certaine raison, elle ressemble trait pour trait à Rurika, l’amie d’enfance du héros.

KiKi

KiKi est la toute dernière version des Q-TRON. De nature curieuse et enjouée, elle n’a pas beaucoup d’expérience au combat et est assez complexée par rapport à ViVi et LuLu malgré certaines fonctionnalités supérieures. C’est une spécialiste en gestion et analyse de données.

À la fin de chaque mission, nous avons donc droit à une courte scène entre notre personnage et la Q-TRON qui avait été choisie lors du combat précédent. Représentées sous forme de cinématiques entièrement animées, ces interactions donnent aussi la possibilité de faire un choix qui permet d’améliorer grandement sa relation si on choisit la bonne réponse.

Attention, tout le côté romance est lié à la partie action du jeu : pour pouvoir accéder à ces cinématiques, il faut obligatoirement réussir la mission précédente. Comme dit plus haut, échouer permet tout de même au scénario d’avancer, mais en contrepartie il est impossible d’améliorer sa relation avec l’une des Q-TRON. Au lieu d’obtenir une séquence animée mettant en avant l’une des trois héroïnes, on se retrouve à la place avec des scènes de désolation montrant la destruction causée par les GERM, ou encore le héros seul dans sa chambre en train de déprimer.

Améliorer sa relation permet aussi de modifier l’attitude des trois Q-TRON durant les combats, qui vont devenir plus amicales. Chacune d’entre elle possède deux fins dont une romantique, qui dépend principalement du combat contre le boss de fin : dans la toute dernière mission du jeu, il est possible d’utiliser une puissante attaque spéciale qui permet de sauver le monde, le « Heart Blazer ». L’utiliser tue instantanément le boss de fin et donne simplement droit à la fin normale ; ne pas l’utiliser et tenter de vaincre le boss normalement, ce qui est nettement plus difficile, permet d’obtenir la meilleure fin.

Love & Destroy - roman

Il existe également un roman, sorti au début des années 2000, qui a même eu droit à une publication en France en 2006 aux éditions Tonkam. Sans grande surprise, le roman en lui-même n’est pas terrible et n’a pas grand intérêt si on n’a jamais joué à Love & Destroy, mais il explique énormément de choses sur l’univers du jeu : il reprend le scénario de ce dernier tout en apportant de nombreux éclaircissements. On a par exemple ici des explications sur ce qui pousse le héros à vouloir se battre pour l’humanité (il a un côté très Shinji Ikari, dans le bouquin), mais aussi des précisions sur l’origine des GERM et leur influence sur l’esprit des êtres humains.

L’évolution des personnages est un peu plus crédible étant donné que l’histoire se déroule sur plusieurs mois, et on a droit à quelques révélations sur le futur ainsi que sur les Q-TRON qui ne sont absolument pas mentionnées dans le jeu. Attention, spoilers : on apprend ainsi dans le roman que le scientifique qui a créé les Q-TRON dans le futur n’est autre que la version adulte du héros. On découvre aussi pourquoi LuLu ressemble autant à Rurika Tsuru, l’amie d’enfance du héros que l’on voit vaguement dans le jeu : dans le futur, il s’est marié avec Rurika, et il a créé LuLu en utilisant les gènes de sa femme. Et c’est le héros lui-même dans le futur qui a fait en sorte que ce soit sa version jeune qui soit choisie comme pilote en envoyant les Q-TRON dans le passé. :’D

On a même droit à quelques précisions au niveau des paradoxes temporels et des voyages dans le temps, et on apprend par exemple que seules les Q-TRON peuvent voyager dans le temps car elles ne sont pas humaines. Le roman met également en avant la romance entre le héros et ViVi, mais la conclusion de leur histoire n’est pas forcément des plus joyeuses : ViVi comprend qu’il lui reste peu de temps et qu’elle va finir par cesser d’exister étant donné que le futur a été modifié.

Le roman apporte donc énormément d’explications sur l’histoire et les personnages, ce qui manquait cruellement dans le jeu vu que ce dernier restait très vague sur bien des points : je ne regrette vraiment pas de l’avoir lu, même s’il est amusant de constater que terminer le jeu prend moins de temps que lire le roman (et pourtant, il ne fait que 200 pages).


Malgré sa faible durée de vie, Love & Destroy est un titre assez intéressant et unique en son genre. J’avais personnellement eu du mal à accrocher la première fois que j’y avais joué il y a quelques années, notamment au niveau du gameplay, mais en lui redonnant récemment une nouvelle chance j’ai fini par l’apprécier davantage. Cette impression de jouer à une démo technique plutôt qu’à un véritable jeu complet persiste quand même beaucoup : la partie action est bien trop courte pour être vraiment satisfaisante, et le côté jeu de drague est au final assez simple et vite expédié. Ça n’en reste pas moins une véritable petite curiosité (et un pur produit des années 90 !), qui n’est toutefois jamais sortie du Japon.

4 commentaires

  1. Avatar

    Oh! Un article de saint valentin ? :D
    Je connaissais pas du tout et je connaissais pas l’existence du roman en France (en même temps c’était il y a 20 ans…). Ça m’a intrigué et j’a regardé si on pouvait encore le trouver (j’ai vu un exemplaire à 132€…les gens doutent de rien). Par contre 30 minutes/1h de jeu c’est hyper court ! Faut que ça soit rentable niveau qualité/prix.

    ps :Je trouve l’illustration de Lulu assez chouette.

    • Exelen

      Ouh là, 132€ ?! Il y en a qui abusent, en effet, surtout que le jeu n’a pas tant de valeur que ça au Japon et peut se trouver sur de nombreux sites pour dix fois moins cher. J’avais acheté mon exemplaire à l’époque dans un Book Off pour même pas l’équivalent de 5€. Après, j’imagine que ce sont les illustrations de Masakazu Katsura qui font grimper les prix.

      Concernant le roman, j’avais découvert son existence seulement l’an dernier et j’avais été encore plus surprise de voir qu’il avait été traduit en français. XD Heureusement, on peut encore facilement se le procurer pour pas trop cher. Et je me demande vraiment pourquoi il avait été publié en France à l’époque vu qu’il est clairement destiné aux personnes qui ont joué au jeu.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.